Congrès de Pastef-Les Patriotes: Mon témoignage/Par Biram Ould Dah Ould Abeid

14 June, 2026 - 17:04

De prime abord, je me permets de souligner que le premier congrès du plus vigoureux courant mémoriel et souverainiste ouest-africain aurait bien porté, à juste titre, le nom du héros- martyr Oumar Blondin Diop.
Le dimanche 7 juin 2026, s’achevait, à Dakar, la première assemblée générale du Pastef-Les Patriotes, un projet de la renaissance et de la refondation qui illustre le paradoxe de conduire l’autorité de l’Etat et d’incarner, simultanément, l’opposition au statuquo. Pourtant, la posture du grand écart que les circonstances ont imposée, n’altère, en rien, la force, la puissance d’attraction et l’enthousiasme des partisans de la rupture salutaire et du renouveau, bien au-delà du Sénégal. La formation d’Ousmane Sonko, l’artisan de la régénération africaine, occupe, jusqu’ici, une position inédite, pour ne pas dire insolite : Elle modifie et réinvente l’exercice de la bipolarité dans les pays où prévaut la démocratie pluraliste.
Le rassemblement du 7 juin 2026 à Diamniadio constitue un plébiscite tranquille dont procède un modèle de contestation de la gouvernance oligarchique, non vertueuse et dépendante, en vigueur sur le Continent, depuis des décennies. Or, le Pastef, en dépit de sa nouveauté, est parvenu à mobiliser et arrimer, à son ambition, la jeunesse déboussolée, les couches populaires paupérisées et l’élite soucieuse de moraliser la gestion publique sur la voie du développement. Autour de la lutte contre la corruption et la prédation des richesses de l’Afrique par le capitalisme conquérant, s’est ainsi construite, en quelques années, une alternative crédible à la fausse démocratie et aux élections contrefaites. Ainsi, les institutions de la République furent vidées de leur substance au profit de la reproduction des faveurs indues et des passe-droits. D’ailleurs, la Constitution, les lois et les conventions internationales, dûment ratifiées, n’échappaient à la logique du détournement clientéliste.
En face, s’est dressé l’élan révolutionnaire des manifestations de rue et du bulletin de vote, afin de rétablir la véracité et l’authenticité de la lettre, de l’esprit et des rôles dévolus aux serviteurs de l’intérêt collectif qui est l’assise même du contrat entre les citoyens et les serviteurs de l’Etat.  Il fallait restaurer l’intégrité du verbe et de la pratique, en vue de mieux réconcilier le peuple et la politique, au sens noble du terme. Il s’agissait d’asseoir la légitimité légale-rationnelle au nom de l’adhésion du grand nombre, sans déroger à la transparence ni suspendre les libertés, en dehors desquelles le volontarisme s’estompe puis s’effrite à l’épreuve du pouvoir.
Le credo et l’action du Pastef viennent battre en brèche la vieille résignation d’ambiance, face à la continuité de systèmes anachroniques de recrutement et de fidélisation de réseaux de notables, davantage mus par l’appât du gain et le carriérisme cynique. La leçon vaut pour la quasi-totalité de l’Afrique, d’où la ferveur de l’accueil de liesse et d’espérance, réservé à l’alternance sénégalaise. Grâce aux changements en cours, les Africains réapprennent le sens de l’engagement quand le porte une conviction forte, sous l’égide de femmes et d’hommes dévoués à la quête exigeante de l’équité. L’exemple a pris et ses fruits deviennent irréversibles parce que la peur change de camp.
La passion panafricaine du Président Ousmane Sonko et de son parti, du fait de sa caution morale par les urnes, se distingue du nationalisme prétorien et de ses pulsions suicidaires, même si les deux propositions procèdent, à l’origine, d’une identique soif d’émancipation devant l’arrogance de la domination néocoloniale et des kleptocraties  qu’elle entretient. Avec le Pastef, les aristocraties périmées d’hier perdent de leur capacité de sidération aux dépens des masses car la brutalité et l’achat des consciences ont été démystifiées. Une nouvelle page du relèvement africain s’écrit, désormais, à l’encre dense de la non-violence et de la constance à l’effort.
La  seconde libération de l’Afrique se joue, sous nos yeux. Sachons en réaliser la promesse, chacun chez soi ! Nos combats solidaires sont appelées à parfaire l’œuvre des pionniers de l’Indépendance. Telle se présente notre mission commune, après le 24 mars 2024. Elle ne peut être qu’universaliste, généreuse et sans concession aux fossoyeurs de la dignité humaine, telle qu’énoncée dans la Charte des Nations Unies. J’y crois plus que jamais.
Dakar, Sénégal
15 juin 2026