
La transition de 2005-2007 : une parenthèse démocratique exceptionnelle
La transition politique qu’a connue la Mauritanie entre 2005 et 2007 demeure, à bien des égards, une expérience sans précédent dans l’histoire du pays. Elle apparaît encore aujourd’hui comme une parenthèse démocratique remarquable, dont l’esprit et les acquis n’ont jamais été pleinement retrouvés.
Dès les premiers mois, un vent nouveau souffla sur la vie publique. Les médias officiels, notamment Radio Mauritanie et la Télévision de Mauritanie (TVM), adoptèrent une liberté de ton jusque-là inconnue. Les journaux publics n’hésitaient plus à relayer des informations critiques à l’égard des autorités ou des faits susceptibles de leur déplaire. Beaucoup de Mauritaniens eurent alors le sentiment d’entrer dans une nouvelle ère.
Le Parti Républicain Démocratique et Social (PRDS), principal instrument politique de l’ancien président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, se retrouva profondément désorienté après la chute du régime. Cherchant à s’adapter aux nouvelles réalités, il tenta de se réinventer sous une nouvelle appellation, le PRDR, où le « R » signifiait « Renouveau ».
La révélation Habib Ould Hemet
Le pays vivait déjà au rythme d’une intense précampagne électorale lorsque émergea une personnalité jusque-là peu connue du grand public: Habib Ould Hemet.
Originaire du Trarza, administrateur civil de formation, diplômé de l’ENA de Nouakchott puis de l’ENA de Paris, il occupait les fonctions de ministre secrétaire général de la Présidence. Polyglotte et doté d’une solide culture administrative, il avait coordonné les travaux des comités interministériels chargés de préparer la transition démocratique.
La presse nationale comme internationale le présenta rapidement comme l’une des révélations de cette période. Son professionnalisme, sa discrétion et son efficacité contribuèrent fortement à la crédibilité du processus de transition.
Rivalités au sommet de l’État
Derrière l’image d’unité affichée par le Comité militaire pour la justice et la démocratie, des divergences apparaissaient progressivement entre ses principales figures.
Une rivalité latente semblait opposer Ely Ould Mohamed Vall et Mohamed Ould Abdel Aziz. Chacun paraissait chercher à influencer l’évolution du processus politique selon ses propres perspectives.
Ely Ould Mohamed Vall fut notamment associé à la controverse relative aux bulletins blancs, dont certains estimaient qu’ils pouvaient, dans certaines circonstances, ouvrir la voie à une éventuelle candidature présidentielle.
Mohamed Ould Abdel Aziz, quant à lui, cultivait une image de proximité avec les populations. De nombreuses anecdotes circulaient à son sujet, illustrant sa volonté d’intervenir directement pour répondre à certaines doléances populaires, parfois en dehors des procédures administratives habituelles.
Une neutralité inédite
L’un des traits les plus marquants de la transition fut sans doute la neutralité affichée par les autorités.
Plusieurs réformes furent engagées afin d’améliorer la transparence et la crédibilité du processus électoral. Ces mesures furent souvent élaborées en concertation avec l’ensemble des forces politiques, notamment les partis d’opposition. La composition de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) ainsi que diverses modalités du scrutin firent l’objet d’un consensus relativement large.
Cette neutralité déstabilisa une partie de la classe politique, habituée à évoluer dans un système où le pouvoir exerçait une influence déterminante sur les compétitions électorales.
Une transition saluée à l’étranger
Le bon déroulement du processus suscita rapidement l’intérêt de la communauté internationale. La presse étrangère suivait avec attention les évolutions de la situation mauritanienne et présentait souvent cette expérience comme un exemple prometteur de transition démocratique dans la région.
Cette période mit également en lumière certaines limites de la classe politique nationale. Trop souvent, les partis d’opposition semblaient se contenter de réagir aux initiatives du pouvoir plutôt que de proposer leurs propres projets ou visions alternatives. L’opposition apparaissait davantage comme une force de réaction que comme une force de proposition.
Une idée pour Nouakchott
À cette époque, Nouakchott souffrait d’un grave problème d’insalubrité. Les déchets s’accumulaient dans de nombreux quartiers et l’image de la capitale se dégradait continuellement.
Face à l’attention croissante portée à la Mauritanie par les médias étrangers et à l’afflux attendu de journalistes et d’observateurs internationaux, une question me préoccupait : comment présenter une capitale digne de cet événement historique ?
L’idée d’une vaste campagne de nettoyage de Nouakchott s’imposa alors à moi comme une nécessité nationale.
Par l’intermédiaire d’Ahmed Ould Khattry, un parent responsable des CAPEC à Nouadhibou et proche de plusieurs responsables de la transition, je fus mis en contact avec un certain Mouhssène, considéré par beaucoup comme l’une des personnalités influentes du nouveau pouvoir.
Après plusieurs échanges, je lui remis une note écrite détaillant cette proposition. Quelques jours plus tard, à ma grande surprise, le communiqué du Conseil des ministres reprenait pratiquement mot pour mot l’idée que j’avais formulée, sous la forme d’une recommandation du président Ely Ould Mohamed Vall appelant au lancement immédiat d’une campagne de nettoyage de Nouakchott.
Par la suite, cette mission fut confiée à une entreprise spécialisée, marquant ainsi le début d’une opération de grande envergure.
Une expérience qui demeure une référence
Avec le recul, la transition de 2005-2007 apparaît comme un moment singulier dans l’histoire politique mauritanienne. Elle fut caractérisée par un niveau inédit de liberté publique, par une volonté réelle de neutralité institutionnelle et par une dynamique politique intense.
Même si les développements ultérieurs ont parfois atténué les espoirs qu’elle avait suscités, cette période demeure pour beaucoup de Mauritaniens la référence d’une transition démocratique réussie et d’un État capable, durant un temps, de placer l’intérêt général au-dessus des ambitions partisanes.




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