
Dans de nombreux pays en développement, les défis auxquels font face les responsables des grandes institutions économiques et financières ne relèvent pas uniquement des textes juridiques ou des principes théoriques de gouvernance. Ils s'inscrivent avant tout dans les réalités du terrain : des réglementations dont l’application demeure parfois incomplète, des pratiques anciennes profondément enracinées et des rapports d’influence susceptibles de ralentir la mise en œuvre stricte des normes.
Dans un tel contexte, juger l’action du gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie (BCM) Monsieur Mohamed Lemine Ould Dhehby, uniquement à travers le prisme de difficultés persistantes constituerait une lecture partielle de la réalité.
De fait, une institution financière, aussi puissante soit-elle, ne peut à elle seule transformer instantanément des habitudes économiques, des routines administratives ou des comportements ancrés depuis des décennies.
Depuis sa nomination, plusieurs réformes majeures ont été associées à la dynamique de la Banque centrale : la modernisation du cadre monétaire, le renforcement de la supervision bancaire, l’amélioration des instruments financiers et les efforts continus visant à consolider la stabilité macroéconomique.
De nombreuses analyses sectorielles pointent d'ailleurs la maîtrise relative de l’inflation et le renforcement des réserves de change comme des indicateurs particulièrement encourageants.
Il serait donc injuste de faire porter au seul gouverneur l’entière responsabilité des insuffisances liées à l’application des règles, alors que celles-ci dépendent de facteurs institutionnels, sociaux, économiques et politiques bien plus larges. La gouvernance économique est, par définition, une responsabilité collective impliquant l’État, les institutions de contrôle, les opérateurs économiques et la société dans son ensemble.
Par ailleurs soutenir l’action d’une personnalité publique ne signifie pas la décréter exempte de toute critique.
Juger à l’aune des actions
Toute fonction de cette envergure doit naturellement se prêter à l’évaluation et au débat. Cependant, l’équité intellectuelle exige de distinguer les responsabilités individuelles des contraintes structurelles auxquelles toute institution est structurellement confrontée.
Si je prends aujourd’hui la parole pour défendre ce grand cadre, c’est avant tout par souci d’intégrité. Dans notre pays, il arrive parfois que la critique ne repose pas sur une analyse sereine des faits et des résultats, mais qu’elle soit dictée par des rivalités, des intérêts corporatistes ou des considérations partisanes. À cela s’ajoute le comportement de certains blogueurs qui, loin de toute exigence d’objectivité, se font les relais de critiques systématiques pour servir les caprices de gros bonnets cherchant à évincer des cadres compétents qui les dérangent. Il est malheureusement fréquent que des serviteurs de l'État, reconnus pour leurs compétences et leur probité, deviennent la cible d’attaques qui ne reflètent en rien une évaluation objective de leur bilan.
Je tiens enfin à préciser que cette démarche n’est motivée ni par une proximité personnelle, ni par un quelconque intérêt particulier. En réalité, je n’ai pas rencontré l'homme depuis près de trente ans. Mon appréciation repose uniquement sur un principe éthique fondamental : celui de juger les hommes à l'aune de leurs actions, de leurs résultats et des faits observables, plutôt qu’à travers le prisme des passions, des rumeurs ou des clivages.
Eleya Mohamed




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