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4 May, 2026 - 20:41

Assertions de violences et de violations des droits de détenues à la prison des femmes

Le collège de défense de trois détenues, ainsi que l’ONG IRA-Mauritanie, ont dénoncé, le jeudi 30 Avril, de graves violations des droits humains au sein de la prison des femmes de Nouakchott, mettant en cause des éléments de la Garde nationale et l’administration pénitentiaire. Selon un communiqué des avocats, Mesdames Ghamou Achour, Mariem Cheikh Dieng et Warda Souleymane, actuellement en détention préventive, subiraient « des humiliations quotidiennes », des restrictions de libertés et des atteintes répétées aux lois nationales, ainsi qu’aux conventions internationales relatives aux droits des détenus.

Les avocats pointent notamment l’isolement total imposé à la députée Mariem Dieng, accompagnée de son nourrisson de moins de cinq mois, ainsi que l’interdiction faite à la députée Ghamou Achour de suivre des exercices physiques prescrits médicalement. Ils dénoncent également le recours à une procédure de flagrant délit jugée « irrégulière », visant, selon, eux à contourner les garanties parlementaires pour faciliter leur incarcération. Le cas de la détenue Warda Ahmed Souleymane suscite une inquiétude particulière. D’après les mêmes sources, elle aurait été victime de violences physiques graves de la part d’agents de la Garde nationale. Elle aurait été battue, traînée au sol et frappée à coups de matraque et de pied, sous les yeux d’autres détenues et du personnel pénitentiaire.

Toujours selon ces témoignages, la détenue aurait perdu connaissance avant d’être transférée en urgence à l’hôpital, où des blessures, notamment des fractures à la jambe droite, auraient été constatées. Dans un communiqué distinct, IRA-Mauritanie affirme que ces violences seraient survenues dans la nuit du 28 Avril, après plusieurs demandes de soins médicaux restées sans suite. L’ONG indique que la détenue, journaliste et militante, protestait pacifiquement contre ces refus. L’organisation rapporte également que la détenue, possiblement enceinte, aurait été maintenue menottée durant sa prise en charge médicale, malgré les protestations   du personnel soignant. Le collège de défense affirme disposer de témoignages, d’images de vidéosurveillance et de constats effectués par des représentants officiels peu après les faits, qu’il considère comme des preuves des violences dénoncées.

Face à cette situation, les avocats demandent la libération immédiate des trois détenues et l’abandon des poursuites engagées contre elles. Ils appellent également à l’ouverture de poursuites judiciaires contre les auteurs présumés des violences. De son côté, IRA-Mauritanie alerte sur « un danger réel » pour la vie de Warda Ahmed Souleymane et interpelle l’opinion nationale et internationale. À ce stade, aucune réaction officielle des autorités mauritaniennes n’a été communiquée concernant ces assertions.

 

Liberté de la presse : la Mauritanie recule dans le classement de Reporters sans frontières mais conserve son leadership arabe

La Mauritanie a perdu onze places dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 publié par Reporters sans frontières, se positionnant désormais au 61ème rang mondial, selon un rapport rendu public le jeudi 30 Avril. Dans son analyse, l’organisation attribue ce recul à la fragilité économique du secteur des media, ainsi qu’au retard enregistré dans la mise en œuvre de réformes jugées essentielles pour renforcer la protection des journalistes et soutenir les entreprises de presse.

Malgré cette baisse, la Mauritanie conserve la première place au sein du monde arabe et se classe au sixième rang en Afrique, confirmant une position relativement favorable à l’échelle régionale. Le rapport s’inscrit dans un contexte mondial marqué par une dégradation continue de la liberté de la presse. Reporters sans frontières souligne que la situation est désormais jugée « difficile » ou « très grave » dans plus de la moitié des pays évalués, un niveau historiquement bas depuis vingt-cinq ans. L’organisation met notamment en cause le durcissement des cadres législatifs, souvent justifié par des impératifs de sécurité nationale, une tendance observée depuis les attentats du 11 Septembre 2001.

Autre indicateur préoccupant : la proportion de la population mondiale vivant dans des pays où la liberté de la presse est considérée comme « bonne » est passée de 20 % en 2002 à moins de 1 % aujourd’hui. Dans ce contexte global défavorable, la Mauritanie maintient une position de leader dans le monde arabe, portée par une scène médiatique jugée résiliente, malgré les défis économiques et structurels persistants.

 

Interdiction de la marche annuelle pour les droits des Haratines

 La marche annuelle « pour les droits politiques, économiques et sociaux des Haratines », organisée chaque 30 Avril depuis plusieurs années, n’a pas été autorisée en 2026 par les autorités mauritaniennes. Dans un communiqué, le comité d’organisation dénonce une décision « injustifiée et dangereuse », y voyant « un recul des acquis démocratiques » ainsi qu’« un rétrécissement de l’espace pacifique » permettant d’aborder les problématiques propres à cette composante de la société, marquée par des injustices historiques.

Les organisateurs affirment avoir mené, en amont, une large campagne de sensibilisation auprès de la classe politique et de divers acteurs nationaux. Ils estiment que l’interdiction de la marche constitue une violation des dispositions constitutionnelles relatives à la liberté de manifester et tiennent les autorités pour « entièrement responsables » des éventuelles conséquences. En lieu et place de la marche, un rassemblement public s’est tenu à l’ancienne Maison des jeunes de Nouakchott.

La veille, lors d’une conférence de presse organisée au siège de SOS Esclaves, le président du « Manifeste pour les droits politiques, économiques et sociaux des Haratines », monsieur Yarba Nava, avait déjà exprimé ses inquiétudes. « Aucune des doléances contenues dans le manifeste n’a été satisfaite, nous assistons même à un recul des droits et libertés », a-t-il déclaré. Selon lui, malgré l’accomplissement des démarches administratives requises, les autorités ont opposé un refus « catégorique », invoquant un contexte jugé défavorable et le rejet d’autres demandes de manifestation émanant d’organisations et de partis politiques.

Des arguments rejetés par les responsables du mouvement, qui y voient « des restrictions croissantes des libertés d’expression et de manifestation », ainsi que « des tentatives d’intimidation visant à museler les citoyens ». Les autorités auraient proposé l’organisation d’un rassemblement dans un espace clos, option refusée par les organisateurs. « Notre marche est un symbole d’unité nationale, rassemblant chaque année des mauritaniens de toutes sensibilités », a insisté monsieur Yarba Nava, soulignant qu’une telle interdiction constitue une première depuis l’instauration de cette mobilisation annuelle.