Blocage du dialogue politique : L’ombre des faucons ?

24 April, 2026 - 10:35

Alors que le peuple mauritanien espérait voir s'ouvrir une nouvelle ère de concertation nationale, le processus de dialogue semble aujourd'hui s'enfoncer dans une impasse préoccupante. L'élan initial, marqué par un optimisme prudent, a laissé place à une paralysie qui ressemble de plus en plus à une victoire tactique des « faucons » du régime. Pourtant, les jalons posés laissaient présager une issue favorable. Sous l’égide du coordinateur national, Moussa Fall — désigné par le président de la République — l’ensemble des forces vives de la Nation, majorité comme opposition, avait accepté de s'asseoir à la table des négociations.

La première phase fut un succès : une feuille de route inclusive avait été élaborée, recensant les thématiques cruciales, l’agenda et les modalités de gestion des débats. Mieux encore, la réception des leaders politiques par le chef de l’État au Palais présidentiel avait agi comme un catalyseur. Le président Ghazouani y avait réitéré sa ferme volonté de mener le processus à terme, s'engageant personnellement à appliquer les recommandations consensuelles qui en découleraient. À ce stade, la confiance, bien que fragile, était au rendez-vous.

 

Le spectre du troisième mandat

C’est au moment de passer à la phase opérationnelle que la machine s'est grippée. Des signaux contradictoires sont venus polluer l’atmosphère : le lancement, par certains cercles proches du pouvoir, de ballons d'essai concernant une éventuelle réforme constitutionnelle touchant au nombre de mandats présidentiels. Dès lors, la réunion préliminaire censée lancer la deuxième phase a tourné au bras de fer. Deux blocs irréconciliables se font désormais face : la Majorité insiste pour que la question des réformes constitutionnelles, incluant la clause des mandats, soit inscrite à l'ordre du jour au nom de la « liberté de tout débattre » ; l’Opposition, quant à elle, y voit une ligne rouge infranchissable, dénonçant une manœuvre visant à pérenniser le système en place et à détourner le dialogue de ses objectifs initiaux.

 

Le sabotage des « faucons »

Dans ce climat de suspicion, l'opposition pointe directement la responsabilité du camp présidentiel. Si Moussa Fall, investi, depuis Février 2025, d'une « lettre de mission avec obligation de résultats », déploie des efforts herculéens pour sauver le processus, il semble se heurter à des résistances internes féroces. Tapis dans l’ombre de l’appareil d'État, au sein de certains partis de la majorité et de mouvements nationalistes, des « faucons » semblent déterminés à torpiller toute avancée. Hostiles au changement et conscients qu'un consensus national pourrait affaiblir leurs rentes de situation, ils agitent l'épouvantail du troisième mandat pour bloquer toute discussion sur les problèmes structurels du pays (unité nationale, réformes sociales, justice…).

 

L'arbitrage de Ghazouani ?

Aujourd'hui, le dialogue se retrouve au point mort et la déception gagne les acteurs politiques et tous ceux qui aspirent à un véritable débat national. Le pays se trouve à la croisée des chemins : soit l'enlisement définitif, soit un sursaut politique. Désormais, tous les regards se tournent vers la Présidence. Mohamed ould Cheikh El Ghazouani, garant de la stabilité et de l'unité nationale, sortira-t-il de sa réserve pour siffler la fin de la récréation ? Seul un rappel ferme à l'ordre, intimé aux saboteurs de son propre camp, pourrait restaurer la crédibilité du processus et permettre enfin au dialogue tant attendu de reprendre ses droits.

 

Dalay Lam