
Le présent document présente une intervention de Monsieur Tidiani Ben Al Houssein, President Directeur Général de STAR OIL GROUP lors de l’ARDA WEEK 2026 organisé à Cap Town , Afrique du Sud, par l’Association des Raffineurs et Distributeurs Africains.
Il est centré sur les défis et enjeux du secteur pétrolier en Afrique, notamment la régulation, la politique des prix, les spécifications techniques, et l’intégration régionale pour favoriser l’émergence de champions africains dans le secteur pétrolier.
Madame la Présidente de l’ARDA
Monsieur le Secrétaire Exécutif de l’ARDA
Messieurs les membres de l’ARDA
Mesdames, Messieurs,
J’ai eu l’honneur d’être invité à prendre la parole lors de l’ARDA WEEK 2026. Je tiens à exprimer ma gratitude au Comité d’organisation, ainsi qu’aux dirigeants de l’ARDA, en particulier Madame la Présidente Sidibé et Monsieur Kragba, Secrétaire Exécutif, pour cette invitation.
Je souhaite saluer les résultats exceptionnellement satisfaisants obtenus par ARDA au cours des vingt dernières années. Ces succès sont le fruit de la mobilisation et de l’action efficace d’une équipe compétente et engagée, depuis les pères fondateurs, dont mon ami Joel Dervain, dont je salue la présence parmi nous aujourd’hui.
Le spectre des activités menées par l’ARDA est particulièrement vaste. Je laisse aux personnes plus compétentes que moi, présentes dans cette assemblée, le soin d’aborder en profondeur les aspects les plus complexes de ces activités.
Pour ma part, je concentrerai mon propos sur le secteur qui concerne notre groupe : les conditions de la distribution pétrolière en Afrique, et plus particulièrement en Afrique de l’Ouest.
Je m’intéresse notamment à la régulation du secteur, à la politique des prix, aux spécifications techniques, aux enjeux économiques, ainsi qu’aux nombreux défis liés à l’émergence de champions africains dans le cadre de l’intégration africaine ou régionale.
ENJEUX ET DEFIS DE LA REGULATION DES MARCHES EN AFRIQUE
La nécessité de la régulation dans les marchés africains
En Afrique, les marchés ne sont pas encore totalement libéralisés. Toutefois, il convient de souligner que, même dans le cadre d'une économie entièrement libéralisée, la régulation demeure indispensable. Ce concept, encore récent et en constante évolution dans les pays africains, se révèle essentiel pour encadrer un marché qui n’est ni entièrement administré, ni complètement libéralisé. La régulation vise à promouvoir l’investissement, lutter contre les distorsions de concurrence et corriger les instabilités structurelles. Elle doit offrir visibilité, stabilité juridique et garantie de retour financier à tous les investisseurs, qu’ils soient publics ou privés, tout en conciliant des intérêts souvent divergents grâce à des institutions dotées de pouvoirs de surveillance, de contrôle et de sanction.
Les réformes et l’évolution des autorités de régulation sectorielles
Les réformes entreprises dans les années 1990 ont eu pour effet de réduire sensiblement l’intervention de l’État dans les marchés africains. Cela a permis la création d’autorités de régulation sectorielles véritablement autonomes, notamment dans les télécommunications et l’électricité. Cependant, dans le secteur des hydrocarbures, les organismes de régulation restent encore des démembrements de l’État, ce qui limite leur autonomie et leur efficacité.
Le rôle de ces autorités est multiple : organiser l’approvisionnement, préserver les recettes fiscales, assurer la stabilité économique et sociale, et garantir une concurrence loyale avec des marges compatibles pour les opérateurs. Elles sont également responsables de l’actualisation des textes législatifs, de la gestion des licences, du suivi statistique, du contrôle des stocks, du calcul des prix et du contrôle des subventions.
Les insuffisances des dispositifs actuels de régulation
Il faut aujourd’hui reconnaître que, dans la majorité des pays africains, les textes régissant la régulation sont inefficaces. Ils souffrent d’incomplétude, ne sont pas respectés et demeurent soumis à une mainmise administrative excessive. Cette situation ne permet pas de garantir l’indépendance, la transparence, la véracité des coûts et des prix, ni le contrôle effectif de la concurrence.
On observe par ailleurs une délivrance excessive d’agréments de distribution, sans lien avec les exigences de la régulation du marché et de la concurrence. Cette pratique ignore la réalité économique du secteur et ne protège pas les droits des investisseurs déjà en place.
L’équilibre économique du secteur de la distribution est ainsi compromis, car le volume des marchés locaux ne correspond pas à la rentabilité des opérations, surtout avec la multiplication des acteurs, dont la compétence et l’éthique sont très variables.
De plus, ces institutions de régulation se transforment en administrations lourdes et coûteuses, cherchant principalement à assurer leur propre survie. Les redevances importantes qui leur sont allouées se répercutent négativement sur le coût supporté par le consommateur.
Vers une régulation juste, efficace et attractive
La régulation s’impose comme une nécessité. Toutefois, la situation critique des pays africains exige une régulation équitable, équilibrée et attractive pour les investisseurs. Une véritable régulation doit résister aux pressions administratives et politiques, ce qui n’est malheureusement pas le cas actuellement.
Le secteur de la distribution appelle à de profondes réformes afin de garantir une régulation authentique du système. C’est une condition indispensable à son bon fonctionnement et à la promotion des investissements nécessaires, tant en exploitation qu’en infrastructures telles que les installations portuaires, le stockage et le transport, qui sont souvent insuffisants ou inexistants.
Pour y parvenir, il est nécessaire de mettre fin à l’étatisme excessif encore pratiqué dans de nombreux pays africains. Il est temps de faire confiance au secteur privé, qui constitue, dans une économie de marché, le principal moteur de la croissance. Les États africains doivent l’admettre et l’intégrer, en créant un environnement favorable basé sur une nouvelle vision, une volonté politique forte et un travail soutenu en faveur de l’ouverture aux forces créatrices du secteur privé, pour plus de transparence et d’efficacité.
Appel aux autorités compétentes
Enfin, il est essentiel d’interpeller les autorités compétentes afin qu’elles prennent les mesures nécessaires pour combler les lacunes identifiées et améliorer le cadre de régulation en Afrique.
POLITIQUE DES PRIX PETROLIERS : ENJEUX ET IMPACTS
Intervention étatique et objectifs de la politique des prix
La politique locale des prix est historiquement marquée par une forte implication des États, principalement pour garantir un approvisionnement pétrolier à un prix optimal, maintenir les recettes publiques, réduire les coûts de la filière, contrôler les marges des entreprises et stabiliser les prix à la pompe.
Ces objectifs sont considérés comme économiquement sains lorsqu’ils sont encadrés par des lois et des règlements transparents concernant la composition des prix et leurs révisions.
Limites et conséquences de l’encadrement des prix
Cependant, l’application de ces règles, lorsqu’elle vise uniquement à limiter les prix, peut engendrer des conséquences économiques, sociales et sectorielles négatives, notamment pour les investisseurs dans la distribution pétrolière.
Lorsque les prix internationaux augmentent fortement, les États qui empêchent toute véritable révision des prix continuent à percevoir des recettes douanières et fiscales importantes, tout en réduisant les marges des distributeurs. Ils imposent également aux sociétés de distribution la prise en charge de différences de prix importantes, dont la récupération ou le remboursement reste incertaine dans la plupart des pays concernés.
Impact sur l’économie et la société
La hausse régulière des prix pétroliers suscite des inquiétudes légitimes car elle affecte les ménages, les entreprises et l’État, entraînant une augmentation de l’inflation et une baisse de l’activité économique. Refuser de réviser les prix en fonction de la réalité du marché envoie un mauvais signal aux consommateurs, investisseurs et partenaires, pouvant provoquer des comportements nuisibles et une perte de confiance durable envers l’État.
L’absence de révision des prix pénalise principalement les opérateurs de distribution, en perturbant la sécurité d’approvisionnement, la couverture des obligations fiscales, les investissements, les engagements financiers, les politiques d’économie d’énergie, ainsi que l’équilibre commercial et l’intérêt des investisseurs.
La nécessité d’une adaptation réglementaire
Dans toute économie, les prix doivent refléter la réalité du marché, en tenant compte des coûts de production et de la rareté des produits. Le pétrole, en raison de son enjeu stratégique, restera coûteux dans les années voire les décennies à venir, ce qui impose une adaptation réglementaire et comportementale.
Les autorités doivent prendre conscience que nos économies ne peuvent échapper à la réalité des prix, surtout face à des ressources publiques insuffisantes pour garantir des subventions contre nature.
Parfois, ces comportements résultent d’abus de certains acteurs ; il est donc nécessaire de les corriger afin de ne pas compromettre des politiques qui, a priori, sont positives.
Problématique centrale et perspectives
La véritable problématique demeure le niveau des revenus des populations face aux coûts économiques modernes, que la non-révision des prix pétroliers ne permet pas de résoudre. Les États doivent mettre en place des politiques sociales et de développement humain pour améliorer le pouvoir d’achat des citoyens et leur permettre de faire face aux réalités économiques. Tel est notre espoir.
(A suivre)




.gif)








.gif)