
Informé par la maitresse de maison que la bonbonne de gaz de 12 kg avait rendu l’âme, Mohamed (appelons-le ainsi, comme le commun des mortels) la traîna vers la boutique du coin où l’épicier avait déjà accepté, conformément au principe de bon voisinage, de lui « ouvrir un carnet » (c’est ainsi qu’on appelle le cahier nominatif où sont consignées les dettes de tout un chacun). Il la lui échangea contre une autre à moitié pleine ou à moitié vide, c’est selon, mais, lorsqu’il nota le prix dans le carnet, Mohamed, qui revenait d’un déplacement professionnel en plein désert et avait, du coup, raté pas de mauvaises nouvelles pour le panier de la ménagère, écarquilla les yeux.
Il a bien vu 5000 au lieu des 3000 habituels, se demandant s’il n’avait pas la berlue. Apparemment très au fait, lui, de l’actualité, l’épicier lui remit les pieds sur terre : « Depuis que l’Amérique et l’ennemi sioniste ont attaqué l’Iran, tous les prix sont partis en flèche : le gaz, la gasoil, l’essence et même la viande qui n’a rien à voir avec le Détroit d’Ormuz sont devenus inabordables ». Mohamed mit la bouteille sur son épaule et, pensif, reprit le chemin de la maison. Que faire face à tous ces prix qui s’envolent ? Comment joindre les deux bouts avec son maigre salaire ? Que faire devant toutes les charges qui s’accumulent ? Après tout, se dit-il, Allah est grand et tout a une fin.
Vivre en Mauritanie, par les temps qui courent, est devenu un véritable casse-tête chinois aussi bien pour Mohmed que pour l’écrasante majorité de ses concitoyens. Pourtant nous avons tout ce qu’il faut pour ne pas nous plaindre, mais il y a un hic et, malheureusement, personne n’a encore réussi à mettre le doigt sur la plaie…
Ahmed ould Cheikh




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