
Depuis sa rupture avec le G5 Sahel, la junte malienne multiplie les exactions contre les ressortissants mauritaniens et les accusations infondées contre Nouakchott, pourtant pionnier de la lutte antiterroriste régionale.
Le sang des Mauritaniens coule sur le sol malien, et Bamako détourne le regard. Pire, la junte au pouvoir accuse Nouakchott des pires turpitudes, allant jusqu'à l'imaginer complice des groupes terroristes que la Mauritanie a pourtant écrasés avec une détermination exemplaire. Depuis son retrait fracassant du G5 Sahel en mai 2022, le Mali du Colonel Assimi Goïta semble avoir fait de son voisin mauritanien un exutoire commode à ses propres échecs sécuritaires, dans une fuite en avant diplomatique aux conséquences potentiellement désastreuses.
En quittant l'organisation régionale, Bamako dénonçait une structure «instrumentalisée par la France ». Depuis, la junte a réorienté sa politique étrangère vers une rhétorique isolationniste et agressive. Après avoir vilipendé la France, elle s'en prend désormais à ses voisins immédiats, et la Mauritanie, longtemps épargnée, est devenue une cible privilégiée. Le paradoxe est saisissant : le Mali, qui fut jadis le premier bénéficiaire de l'expertise sécuritaire mauritanienne, accuse aujourd'hui Nouakchott de jouer un double jeu. Une accusation absurde pour un pays qui a éradiqué la menace terroriste sur son sol quand la plupart de ses voisins sombraient dans le chaos.
Le fait est brutal et irréfutable : des Mauritaniens sont régulièrement tués au Mali, victimes de l'arbitraire des forces de sécurité maliennes dans les zones frontalières de Nara ou de Nioro du Sahel. Commerçants, éleveurs, simples voyageurs : ces citoyens paisibles contribuent pourtant de manière vitale à l'économie locale, que ce soit par le bétail qui alimente les marchés de Bamako ou par les flux commerciaux transitant par les ports mauritaniens.
Nouakchott a multiplié les démarches diplomatiques : convocations de l'ambassadeur, notes verbales, demandes d'enquêtes. Peine perdue. Bamako fait la sourde oreille ou nie les faits, tandis que le sang mauritanien continue de couler et que la xénophobie rampante menace une interdépendance économique séculaire.
Comme si ces exactions ne suffisaient pas, la junte malienne accuse régulièrement la Mauritanie d'abriter des « camps terroristes » et de fournir un « appui logistique » aux groupes armés. Ces allégations sont d'une absurdité confondante. La Mauritanie est en effet le seul pays de la bande sahélo-saharienne à avoir totalement éradiqué la menace terroriste sur son sol, et ce, sans aide extérieure majeure.
Stratégie de diversion
Face aux attaques meurtrières d'AQMI entre 2005 et 2011, l'armée mauritanienne a mené des opérations d'envergure avec un succès sans appel : depuis 2011, aucune attaque n'a été perpétrée sur le territoire national. Accuser ce havre de stabilité d'être complice des terroristes est un affront à l'histoire et au sacrifice des soldats mauritaniens.
Ces accusations ne sont pas le fruit du hasard. Elles s'inscrivent dans une stratégie de diversion visant à trouver des boucs émissaires extérieurs pour justifier l'incapacité de la junte à sécuriser son propre territoire. Pendant que Bamako pointe du doigt la Mauritanie ou l'Algérie, la situation sécuritaire au Mali ne cesse de se dégrader. Selon l'ONU, plus de 600 civils ont été tués en 2025 dans des violences attribuées aux groupes djihadistes ou aux forces de sécurité maliennes et à leurs supplétifs russes.
Plutôt que de faire son autocritique, la junte préfère jeter l'opprobre sur ses voisins, une attitude malhonnête et contre-productive pour la coopération régionale indispensable.
Face à ces provocations, la Mauritanie a fait preuve d'une retenue exemplaire. Aucune surenchère verbale, mais une défense ferme des principes de souveraineté et de protection de ses citoyens. Des contacts discrets ont été multipliés pour apaiser les tensions, mais la junte malienne reste sourde à ces appels à la raison. Le président mauritanien a prévenu, en privé, que la patience de son pays avait des limites : «Nous ne saurions tolérer que nos citoyens soient pris pour cible sur le sol d'un pays frère sans que justice ne soit rendue. »
Au-delà des joutes diplomatiques, les populations civiles paient le prix fort. Les échanges transfrontaliers sont perturbés, les marchés ancestraux périclitent et les circuits de transhumance sont bouleversés, menaçant la sécurité alimentaire de la sous-région. Les Mauritaniens installés au Mali depuis des générations vivent dans la suspicion, parfois contraints à un retour précipité.
La Mauritanie ne demande que le respect de sa souveraineté, la protection de ses citoyens et la fin des accusations mensongères. Elle qui a vaincu le terrorisme seule mérite mieux que les calomnies de dirigeants en mal de légitimité. La lutte contre le terrorisme ne peut être gagnée que collectivement. Il est encore temps pour Bamako de revenir à la raison et de renouer avec une politique de bon voisinage. La patience de Nouakchott a des limites, et Bamako ferait bien de ne pas les franchir.
Seyid Mohamed Beibakar
Colonel à la retraite




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