Le coût qui porte des coups

1 April, 2026 - 12:32

Jamais la flambée des prix n'a atteint son niveau actuel en Mauritanie : les prix ont passé du simple au double, ces dix dernières années. A titre d'exemple, le mouton qui se négociait à 4500 MRU en est aujourd’hui à 9000 MRU, la boîte de lait concentré a grimpé de 10 à 20 MRU. Il en est de même pour toutes les denrées alimentaires. Comment expliquer cette situation ?

La hausse continue des prix s'explique par les failles dans la maîtrise des marchés et des hydrocarbures. Si la SONIMEX jouait, auparavant, un rôle de régulateur du marché en ce qui concerne les produits de première nécessité, permettant ainsi aux salariés d'arrondir les angles du mois sans trop de peine, ladite société a été liquidée sous la voracité des promoteurs privés. En ce qui concerne les hydrocarbures, au temps où le ravitaillement du pays relevait de l'État, le pays avait acquis, à travers un accord avec l'Algérie, une raffinerie de pétrole pour profiter de celui-ci à moindre coût, générer des opportunités de travail, capitaliser de l'expérience en ce domaine et stabiliser les prix des carburants.

Mais cette vision d'un développement intégré n’a plus semblé, vingt-cinq ans plus tard, d'aucune utilité et, selon les experts, cette raffinerie doit être démolie et jetée à la mer. Du coup, le ravitaillement du pays en hydrocarbures a pris la tangente pour devenir un marché réservé au secteur privé, suivant des démarches défiant l'éthique. Voilà pourquoi ses prix s’élèvent en flèche, entraînant ceux de tous les autres produits. Et il faut ajouter à cela un système de taxation en perpétuelle dilatation.

Malgré ces flambées exponentielles, les points indiciaires des salaires, restent, eux, plombés : aucune mesure significative n'a été opérée pour alléger la pression de ce phénomène sur les conditions de vie des travailleurs. Au vu de la cherté des conditions de vie, il est devenu impératif de fixer le SMIG et la pension de la retraite à 15000 MRU et de procéder à une refonte de la politique salariale pour répondre aux besoins pressant des citoyens ayant à supporter une augmentation continue des taxes, malgré les énormes richesses du pays censées garantir une exonération ou, du moins, un allègement de celles-là. Curieusement, plus la Mauritanie se découvre de nouveaux trésors, plus nous sommes frappés d’impôts.

 

Une dette qui continue à grimper

 

Au Sénégal, le montant des factures de l'eau et de l'électricité a été baissé dès le début de l'exploitation du gaz : chez nous, elle reste inaperçue. Pire, notre pays continue, comme par le passé, à contracter des dettes de partout : BAD, BID, Fonds Saoudien, Banque Mondiale... La question qui se pose, en pareil cas, est quelle peut l'utilité de tant de richesses, si la dette continue de grimper, tout comme les taxes, tandis que s’écroule la valeur de l’argent, au point de voir des enfants traîner des aimants dans les rues en quête de pièces de monnaie et des femmes tamiser les dunes pour trouver des grains de blé tombés des camions transportant cette céréale ?  J'espère que ce message fort touche les fibres patriotiques de tous.

Les réalisations sur le terrain ne peuvent justifier tout le fardeau de la dette. La plus récente réalisation de la capitale – l'hôtel Sheraton, cinq étoiles – est un gâchis pour une ville polluée et plongée ces jours-ci dans l'obscurité, suite à l'agression du sionisme international sur l'Iran. Curieux, l'âne brait, les muscles dorsaux du chien se disloquent ! Comment justifier l'opportunité de cette réalisation, si la plupart de nos hôtels ont claqué leur porte, faute de clients ? Il serait plus utile, pour le pays, d'orienter ces financements dans des infrastructures ferroviaires entre Nouakchott et Nouadhibou, Nouakchott et Néma, plutôt que dans des palaces cinq étoiles, dans une ville de moins en attractive pour les rares touristes qui viennent ici pour profiter du désert et non pas fréquenter des hôtels.

Le coût de la vie est devenu tel que seules les personnes disposant de l'argent facile, notamment celui de la drogue ou de la contrefaçon de la monnaie, peuvent joindre les deux bouts. C'est ce qui explique peut-être que certains nouveaux nantis s’offrent, sans en négocier les prix, des blocs de maisons en centre-ville… pour les démolir, leur style ne leur convenant pas ! Un blanchiment d'argent net qui rend le foncier inaccessible, puisque le m2 en certains quartiers de Nouakchott coûte plus cher qu’en la plupart des autres capitales du Monde. Il y a quelques mois, une unité de la gendarmerie nationale a mis la main sur des personnes impliquées dans le trafic de la drogue. Récemment, une autre unité de ce corps d’armée vient de mettre la main sur une équipe pourvue d’un matériel sophistiqué pour la contrefaçon de la monnaie et de montants considérables.

Mais, je ne connais pas la raison qui fait toujours perdre le souffle aux autorités compétentes pour mener à bien une enquête sérieuse, afin de mettre la main sur les chefs de ces réseaux mafieux, en vue de les introduire en justice et démanteler ainsi définitivement ces crimes qui détruisent l'économie et la sécurité du pays. Aucun procès n'a encore vu le jour pour mettre en lumière toutes ces dangereuses organisations. En tout cas, tant qu'une gouvernance holistique ne sera pas de rigueur, la dégradation de la situation sécuritaire et économique continuera, quelles que soient l'abondance et la multiplicité de nos richesses nationales disponibles.

 

Mohamed Ahmed Cheikh

Ingénieur