
Depuis le début du mois de Ramadan, on des soirées de rupture de jeûne (iftar) sont organisées à tout-va. Dans ce contexte spirituel et social particulier, la présidence de la République a pris les devants, en mettant les petits plats dans les grands. Au Palais, comme avec Taazour et les enseignants, ces rencontres réunissent responsables politiques, dignitaires religieux, chefs militaires, diplomates et représentants de la Société civile autour du chef de l’État, Mohamed Cheikh Ghazouani. Officiellement, ces soirées sont présentées comme des moments de fraternité nationale, de dialogue et de communion autour des valeurs du Ramadan. Mais, au-delà de la dimension religieuse et protocolaire, elles suscitent aussi des interrogations sur leur portée politique et leur signification réelle dans la vie publique mauritanienne.
Dans le discours officiel, l’iftar présidentiel est souvent décrit comme un espace de rapprochement entre les différentes composantes de la nation. Les autorités soulignent qu’il permet au chef de l’État de rencontrer, dans un cadre convivial, les responsables politiques, les imams, les parlementaires ou encore les représentants de la Société civile. L’objectif affiché est de renforcer l’esprit de solidarité et de promouvoir le dialogue républicain, dans un pays marqué par la diversité sociale et culturelle. Mais l’espace et le moment sont trop étroits pour réaliser cet objectif. Seuls quelques rares privilégiés peuvent placer un mot lors du tour de table ou au départ du Raïs.
Un rituel politique bien rôdé
Les Iftar présidentiels prennent souvent une dimension symbolique : ils réunissent, autour d’un même plateau, des personnalités qui se croisent rarement dans un cadre informel. Dans certains cas, ils sont même présentés comme un prolongement du dialogue politique censé favoriser l’apaisement et la concertation entre majorité et opposition. Dans le contexte que nous vivons aujourd’hui – dialogue en gestation –, ils sont l’occasion de se sonder mutuellement. Cependant, derrière l’image d’un rassemblement consensuel, certains observateurs y voient surtout un rituel politique bien rodé. Dans un système où la proximité avec le pouvoir reste un marqueur important de l’influence, l’invitation à l’iftar présidentiel peut être perçue comme un signal de reconnaissance ou d’intégration dans le cercle du pouvoir. À l’inverse, les absences remarquées ou les refus de participation peuvent être interprétés comme des gestes politiques.
Ainsi, ces rencontres ne sont pas seulement des moments de spiritualité ou de convivialité : elles participent aussi à la mise en scène du pouvoir. Certains détracteurs de celui-ci n’hésitent pas à y voir une façon de baliser le chemin pour un troisième mandat, une idée en l’air depuis quelques temps et sur lequel le Raïs n’a pas voulu piper mot. Ils épinglent aussi des dépenses onéreuses occasionnées par ces rencontres fastidieuses. Le décor du Palais, la présence de caméras, la diffusion d’images dans les media officiels et les réseaux sociaux, contribuent à construire la représentation d’une unité nationale autour du chef de l’État. La symbolique du Ramadan – solidarité, partage et modestie – devient alors un cadre propice pour renforcer l’image d’un pouvoir proche du peuple et attentif aux valeurs religieuses de la société.
Messages politiques implicites
Cette dimension communicationnelle n’est pas nouvelle dans l’histoire politique mauritanienne. Sous les présidents précédents, les repas de rupture du jeûne organisés au Palais servaient déjà à afficher la proximité du pouvoir avec les différentes couches sociales et à envoyer des messages politiques implicites. Reste toutefois une question essentielle : ces soirées contribuent-elles réellement à rapprocher les gouvernants et les citoyens, ou ne sont-elles qu’un rituel protocolaire de plus dans la vie politique du pays ? Pour certains critiques, l’impact concret sur les préoccupations quotidiennes des Mauritaniens demeure limité. Dans un contexte marqué par les défis économiques, les inégalités sociales et les débats politiques, la symbolique de l’iftar présidentiel ne suffit pas, à elle seule, à combler le fossé entre le pouvoir et une partie de la société.
Au final, les soirées de rupture du jeûne organisées par la Présidence oscillent entre tradition religieuse, diplomatie interne et communication politique. Elles reflètent à la fois la centralité du Ramadan dans la culture mauritanienne et la manière dont le pouvoir tente de s’inscrire dans cet imaginaire collectif. Entre spiritualité sincère et stratégie politique, ces iftars présidentiels restent un miroir révélateur des dynamiques du pouvoir.
Dalay Lam





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