La Mauritanie et l’intégration dans la région du Maghreb arabe

2 February, 2026 - 18:45

Après la Seconde Guerre mondiale, le monde a connu d'importants développements économiques, incitant les pays à se tourner vers des blocs régionaux, bilatéraux, sous-régionaux ou régionaux, afin de surmonter collectivement leurs difficultés internes, grâce à la mise en commun de leurs ressources. L'Union européenne (UE) est considérée comme le premier et le plus important groupement économique régional au monde. Au cours des trente dernières années, le rythme des efforts d'intégration entre les pays s'est accéléré, avec l'émergence de plusieurs groupements régionaux en Asie, en Amérique et en Afrique.

Dans ce contexte, et face aux défis posés par les nouvelles réalités internationales fondées sur la concurrence, l'Union du Maghreb arabe (UMA) avait vu le jour en Février 1989. Devenu une nécessité urgente, ce regroupement ne pouvait être différé, alors que d'autres blocs renforçaient leur unité et leur intégration. Elle visait à atténuer les pressions exercées par les différentes organisations internationales sur chacun de nos pays. Et certes : la question de l'intégration dans la région du Maghreb arabe est d'une importance capitale, car elle constitue l'un des objectifs les plus importants  contribuant à consolider la stabilité régionale, seule susceptible de garantir, à son tour, un niveau minimal d'intégration politique, économique, sécuritaire et culturelle, étape indispensable pour parvenir à un développement global et à une maturité démocratique.

Depuis sa fondation, l'Union du Maghreb arabe a cependant souffert de lacunes et d'obstacles qui ont freiné son avancée. Ces difficultés ont débuté avec l'intervention de l'Algérie dans le conflit du Sahara occidental et se sont poursuivies par une série de crises et de problèmes, posant le défi de concilier la volonté d'intégration économique des États-membres avec les divergences de leur système respectif de gouvernance et l'entrave à la circulation des personnes et des capitaux entre ces pays, un principe fondamental pour ladite intégration.

 

Perspectives pour l'économie de notre pays au sein de l'Union du Maghreb arabe :

L'adhésion de notre pays à l'UMA doit avoir des effets positifs sur notre économie. Cette union est en effet de nature à améliorer notre position dans le commerce extérieur avec les pays européens, notamment dans les secteurs du gaz naturel et de l’agriculture ; à garantir notre accès à des projets économiques communs, ainsi qu’à développer les régions frontalières en sécurisant nos confins et en éliminant le commerce informel transfrontalier (marché parallèle). De plus, l'adhésion à l'UMA permettrait à notre pays de jouer un rôle de premier plan et d'influence sur les scènes arabe et africaine, grâce à sa situation géographique stratégique et à ses ressources matérielles et humaines. Je trouve donc que cette intégration est devenue une nécessité, face aux nombreux bouleversements que connaît le monde, car les risques émergents sont trop importants pour qu'un pays puisse les supporter seul.

Or l'UMA demeure politiquement faible depuis sa fondation, en raison des difficultés auxquelles elle est confrontée, et économiquement faible du fait de l'absence d'institutions adéquates. Ceci s'explique par la faiblesse des volumes d'échanges commerciaux entre les pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Mauritanie et Tunisie). En 2010, ceux-là ne représentaient pas plus de 9%, tandis que telles interactions atteignaient 70 % avec l'Union européenne (UE), 18,3 % avec l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) et 21 % avec le Marché commun sud-américain (MERCOSUR). Alors que l'union entre l’Afrique et la Malaisie (UAM), par exemple, joue un rôle important dans le rétablissement de l'équilibre des relations économiques et politiques communes avec le reste du monde, notamment le partenariat avec l'Union européenne, contribuant à la stabilité régionale et à l'expansion du marché en favorisant les investissements directs étrangers, l'adhésion de notre pays à l'UAM n'a aucun impact sur son économie, car l'Union n'est pas encore pleinement opérationnelle.

 

L’intégration, seule alternative viable ?

L'intégration économique du Maghreb est considérée comme la principale alternative à la confrontation avec les blocs internationaux. Malgré les difficultés et les obstacles qui entravent sa réalisation et son approfondissement, elle constitue, compte-tenu des ressources dont disposent les pays de l’UMA, un moyen de faire face aux dangers qui les entourent. C'était d’ailleurs à cette fin qu’ils s’étaient révélés pionniers dans l’instauration d'un bloc politique et économique arabe et l'expérience mondiale a amplement démontré, depuis, qu'aucun pays ne peut atteindre seul ses objectifs, notamment en matière de développement économique : la coopération et l'intégration régionales sont essentielles.

 

Suggestions

Or cette intégration économique n'a pas atteint, au Maghreb, l'objectif souhaité, en raison de divers facteurs, notamment le manque de volonté politique de certains dirigeants et les différends entre le Maroc et l'Algérie. Aujourd’hui, il faut  aller résolument de l’avant et voici ce que je propose afin d’y parvenir : mettre en place des organes et des groupements spécifiquement maghrébins pour harmoniser les perspectives en matière économique, analyser les forces et les faiblesses de l’UMA et accélérer la mise en place d’une zone de libre-échange ; assurer la coordination entre les États-membres et leurs institutions, afin de garantir des intérêts communs, soutenir le développement et la revitalisation de la coopération entre nos pays, renforcer le rôle de l’Union dans le commerce, résoudre les différends régionaux (qu’ils soient économiques ou politiques) ; lever les obstacles à la libre circulation des capitaux et des investisseurs arabes ; fonder un vrai marché commun arabe, améliorer la qualité des produits et les rendre compétitifs face aux autres produits, notamment européens ; développer les infrastructures, simplifier les procédures douanières et réduire les délais de traitement des demandes d’investissement.

Cheikh Ahmed ould Mohamed

Ingénieur

Chef du service « Études et développement »

Établissement portuaire de la Baie du repos (Nouadhibou)