Appel à la justice dans la répartition des terres agricoles du projet Sekam

4 February, 2026 - 18:34

Nous tenons tout d’abord à saluer les autorités nationales, à leur tête le président de la République, pour leur réaction positive et rapide à l’appel des populations autochtones, suite à la décision de mise en valeur immédiate du projet agricole de Sekam, ce projet agricole aussi important que vital.
Cependant, nous déplorons vivement que ces populations n’aient pas été associées au processus de répartition des terres agricoles en cours d’aménagement. Depuis lors, elles n’ont cessé d’exprimer leur profonde déception face à la distribution envisagée manifestement injuste, profitant de manière délibérée à des hommes d’affaires étrangers aux communautés agricoles locales.
Selon les informations communiquées par les autorités locales et régionales, plus des trois quarts des superficies agricoles réaménagées — soit plus de 8 000 hectares — seraient attribués gratuitement à ces investisseurs intrus pour une exploitation à leur seul profit. Le quart restant, environ 3 500 hectares, serait partagé entre des milliers d’habitants, propriétaires et exploitants traditionnels de l’ensemble de l’espace agricole.
Il est aisé d’imaginer la part dérisoire qui reviendrait à chaque famille, souvent nombreuse. Pire encore, cette portion limitée serait située à l’extrémité sud du canal d’irrigation, loin de la majorité des zones d’habitation concernées par son exploitation. À titre d’exemple, les habitants de l’extrême nord de la commune de Teichtayatt se trouveraient à près de trente kilomètres des petits lopins de terre qui leur seraient destinés. Comment ne pas mesurer les difficultés considérables qu’ils rencontreraient pour cultiver de si petites parcelles à une telle distance ?
Rappelons que la cuvette orientale du lac R’Kiz avait autrefois bénéficié d’un traitement plus équitable en faveur des populations autochtones. Grâce à l’appui de la SONADER, celles-ci sont devenues propriétaires de l’ensemble de leurs terres agricoles traditionnelles, qu’elles continuent d’exploiter à leur profit et au bénéfice du marché agricole national. C’est précisément ce à quoi aspirent aujourd’hui les habitants de la cuvette actuellement en aménagement.
Il est malheureusement à craindre que cette cuvette occidentale, contrairement à la cuvette orientale, ne dispose pas d’un poids tribal influent sur l’échiquier politique national. D’où l’importance de rappeler les appels répétés du président de la République contre l’instrumentalisation injuste de la tribu et du tribalisme au détriment des plus faibles, afin que l’exploitation du projet agricole Sekam profite réellement aux populations autochtones concernées.
Une éventuelle compensation matérielle ou financière ne pourrait aucune façon dédommager la perte d’un espace agricole séculaire aussi vital pour des populations nécessiteuses.
La cuvette occidentale, aujourd’hui baptisée « projet Sekam » — et j’insiste sur l’appellation Sekam, et non « Soukam » comme le prononcent certaines autorités et la presse officielle — porte ce nom depuis des temps immémoriaux dans le langage local traditionnel.
Il est donc encore temps de rétablir l’appellation authentique de Sekam et, surtout, de restaurer la justice dans la répartition des terres réaménagées au bénéfice légitime des populations autochtones.

A. S. Elmoctar-Cheddad