
Le jeudi 22 Janvier dernier, le Premier ministre a présenté le bilan de son gouvernement devant les représentants du peuple. Durant des heures, l’homme de Maghtaa Lahjar a passé en revue la mise en œuvre des engagements du président de la République Mohamed Cheikh Ghazouani – « Mon ambition pour la Patrie » – et évoqué les perspectives d’avenir du pays. Devant une assemblée de députés épatée par le poids de l’homme qui écrase presque tout sur son passage, Moktar ould Diay s’y était vigoureusement engagé, au lendemain de sa nomination-surprise à la direction du gouvernement. S’il n’était certes pas le directeur de campagne présidentielle en 2024, il avait cependant abattu un travail jugé « très déterminant » dans la réélection pour un second et dernier mandat de son mentor, Ould Ghazouani, et c’est ainsi qu’il avait ravi le poste de PM à beaucoup de prétendants, surtout de la communauté haratine à laquelle nombre d’observateurs pensaient cette fonction désormais réservée.
Depuis, il se montre le plus engagé et loyal envers le président de la République. Dans sa déclaration de politique générale devant le Parlement, Moktar ould Diay avait décliné, on s’en souvient, les grands engagements à mettre en œuvre durant le mandat en cours : édification d'un État de droit et d'institutions puissantes, dotées d'une gouvernance moderne et saine ; instauration d'une économie forte, résiliente et respectueuse de l'environnement ; développement d'un capital humain compétent et qualifié, avec une place particulière accordée à la jeunesse ; mise en place des conditions d'une solide unité nationale et d'une cohésion sociale intégrée ; garantie de la sécurité et de la stabilité de notre pays ; renforcement de la présence de celui-ci et de son rôle aux niveaux régional et international.
La déclaration du 22 Janvier est comme un bilan d’étape, portant sur la mise en œuvre effective du programme présidentiel visant à renforcer la cohésion sociale et le développement économique ; les avancées dans la justice sociale, avec l’amélioration des services publics essentiels, les efforts à soutenir la croissance économique, notamment via des mesures dynamisant les secteurs productifs ; la consolidation de la bonne gouvernance et la mise en place d’actions plus structurantes et mesurables, conformément aux orientations gouvernementales.

Autosatisfaction
Abordant ces réalisations, le Premier ministre a évoqué un bilan satisfaisant. Les chantiers ordinaires du gouvernement et les programmes d’urgence venus les renforcer, tant à Nouakchott qu’à l’intérieur du pays, ont été exécutés, dit-il, de manière satisfaisante. Sur les 278 engagements déjà mis en œuvre – soit 92 % des promesses déclarées – 224 (74 %) l'ont été intégralement et 54 (18 %) partiellement. 24 engagements (8 %) n’ont pas encore été tenus. « Un examen approfondi des progrès accomplis, domaine par domaine et atelier par atelier, permettra de mettre en évidence ce manque », ajoute Mokhtar. Pour arriver à un tel degré de résultats, le PM les a pistés sur le terrain, avec des visites de travail et des menaces de retrait de projet aux entreprises n’ayant pas respecté leur cahier de charges. Comme on le sait, nombre de nos entrepreneurs sont en effet connus pour leur manie de dribbler l’État, avec souvent la complicité des gouvernants.
Le premier point abordé par monsieur Ould Diay concerne la bonne gouvernance et, en particulier, la lutte contre la corruption. Un thème qui occupe l’opinion. Sur ce point, le PM a parlé de l’amélioration des instruments de lutte et les fortes mesures instaurées contre les voleurs de deniers publics… « La dynamique de prévention est en bonne marche ! », assure-t-il. Ces efforts auraient rapporté de substantielles ressources au budget de l’État : sur les 900 millions d'ouguiyas anciennes d’irrégularités relevées par l’Inspection Générale d’État (IGE), environ 700 millions de ce montant auraient été récupérés jusqu'à présent, soit 78 %. C’est bien, mais les Mauritaniens voudraient tout de même savoir quelles sanctions ont été prises contre les auteurs de ces irrégularités… Par rapport au dialogue national en gestation qui risque d’occuper une grande partie du second mandat d’Ould Ghazouani, le PM a indiqué que le gouvernement s’est engagé à accompagner les efforts des acteurs pour son bon déroulement et que « toutes les mesures sont prises pour sa réussite ».
A l’écoute de ce discours, on note la grande autosatisfaction d’un chef de gouvernement apparemment fort maître de ses dossiers. Il ressort de sa narration que la Mauritanie se porte à merveille, tout baigne dans l’huile, comme disent certains : la situation économique et financière est bonne, le chômage des jeunes recule, les services sociaux comme l’eau, l’électricité, l’école, la santé tournent à merveille… alors que la majorité des Mauritaniens peine à joindre les deux bouts et tirent le diable par la queue ! À entendre les gens dans les bureaux, les transports publics, les marchés, les grandes places – avec le Ramadan en ligne de mire… –, on a le sentiment que nos gouvernants vivent sur une planète différente de la leur.
Faiblesses
Car le discours officiel laisse apparaître quelques grosses faiblesses. Les préparatifs du dialogue traînent et plusieurs responsables de la majorité sont suspectés de ne pas vouloir y adhérer. Sur le plan de la lutte contre la corruption, le pillage des ressources de l’État persiste et les propos du PM sur les onze dossiers épinglés et l’application des recommandations des rapports de la Cour des Compte, les cas de la SOMELEC, le récent problème de la CNAM, les six cents fonctionnaires fictifs, le dossier du Pèlerinage… sont une parfaite illustration de ce sentiment d’impunité. Quoique le gouvernement dise ou fasse, il apparaît clairement que la corruption se porte à merveille et continue à gangrener l’économie mauritanienne. Pis : tant que l’impunité profitera aux « responsables » de gestion, la corruption ne disparaîtra de ce pays aux potentielles énormes… mais aux inégalités et injustices inacceptables. Au grand dam des mauritaniens démunis !
Dalay Lam





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