M. Sidi ould El Kory, porte-parole du pôle de l'Assemblée générale de l'opposition démocratique : ‘’Nous rejetons catégoriquement toute modification constitutionnelle touchant à la durée du mandat présidentiel’’

27 January, 2026 - 10:41

Le Calame : L'Assemblée générale de l'Opposition a rencontré à deux reprises le président de la République dans le cadre des préparatifs du dialogue. Lors de la conférence de presse que vous avez tenue pour évoquer ces rencontres, vous avez exprimé votre satisfaction quant aux réponses du Président. Cela signifie-t-il que tous les obstacles au dialogue sont désormais levés ?

Sidi Ould El Kory : Nous, membres de l'Assemblée générale de l'Opposition, forts de notre ferme attachement au principe d'un dialogue national général et inclusif qui n'exclut aucun sujet ni aucune partie et conscients des conditions économiques, sociales et politiques, ainsi que des défis sécuritaires et stratégiques auxquels sont confrontés la région et le Monde, appelons à la participation de tous à ce colloque avec un haut esprit de patriotisme. Le but recherché par tous est d'atteindre les objectifs visés, notamment le renforcement du front intérieur face aux dangers qui menacent le pays.

La situation régionale actuelle est caractérisée par l'instabilité au Sahel, la montée de la violence et de la criminalité à nos frontières avec le Mali, les tensions croissantes au sein du Front Polisario et le retour des coups d'État militaires sur le Continent. Quant au niveau national, la situation sociale est devenue insupportable : flambée des prix des produits de première nécessité, chômage massif des jeunes, corruption endémique au sein de l'appareil d'État et dégradation des services publics. Ces circonstances alarmantes exigent que chacun privilégie l'intérêt supérieur du pays à ses intérêts personnels étroits et qu'il œuvre au renforcement du front intérieur face à ces dangers imminents. Ceci ne peut être réalisé que par un dialogue national inclusif instaurant une ère de paix sociale et de stabilité politique.

Nous avons défini une série d'objectifs qui doivent être atteints à travers ces concertations ; à savoir : primo, renforcer et consolider l'État de droit, la justice et l'égalité ; secundo, trouver des solutions justes à tous les grands problèmes nationaux ; tertio, consolider l'unité nationale et l'harmonie sociale. Sur cette base, nous, membres de l'Assemblée générale de l'Opposition, avons décidé de participer au dialogue convoqué par le président de la République. Notre rencontre avec celui-ci visait à obtenir des garanties quant à la mise en œuvre des résultats de celui-là, la libération des prisonniers et l'ouverture des media publics à l'opposition. Le Président s'est explicitement engagé à mettre en œuvre les résultats du dialogue devant les cinquante-deux personnes présentes à cette réunion des groupes qu'il avait convoqués dans le cadre des préparatifs dudit colloque.

 

- Dans votre intervention à la conférence, vous avez fait référence aux lignes rouges de l'Opposition. Pourriez-vous nous les rappeler ?

- Pour nous, au sein de l'Opposition, le dialogue est une revendication de longue date, imposée par les défis sécuritaires et économiques, les enjeux d'unité nationale et l'héritage des droits de l'Homme. C’est la seule voie possible pour résoudre tous ces problèmes. Nous l'avons réclamé à diverses reprises, depuis l’ère de l'ancien président Maaouiya ould Taya, et tous les dialogues précédents ont été initiés à notre demande. Cependant, ce qui distingue ce dernier appel à la discussion, c'est qu'il émane du président de la République. Un échec – Qu’Allah nous en préserve ! – plongerait le pays dans une nouvelle crise aux conséquences imprévisibles. Nous, au sein de l'opposition, avons émis des réserves et tracé des lignes rouges. Nous rejetons notamment toute modification des articles constitutionnels qui définissent la limitation des mandats présidentiels, toute révision de la limite d'âge pour se porter candidat et tout nouvel amendement constitutionnel qui prolongerait les mandats présidentiels.

 

- Le gouvernement a libéré certains prisonniers politiques afin de produire les conditions d'un dialogue approfondi. Considérez-vous cela comme un signe positif ?

- Lors de la rencontre entre la délégation du Pôle national et le président Mohamed ould Ghazouani, nous avons exigé des garanties politiques pour le succès du dialogue national attendu. Nous avons également demandé des mesures concrètes pour améliorer le climat politique, en signe de bonne volonté de la part des autorités. Ces mesures comprennent la libération des prisonniers politiques, l’ouverture de media publics et une révision de la loi sur les partis. À ce jour, nous avons constaté une réponse positive à la demande d’ouverture des media publics, mais la réponse à la demande de libération des prisonniers d’opinion reste insuffisante. Les autorités en détiennent toujours plusieurs, notamment Youssef Camara, Mahmoud ould Hawenah et le sénateur Mohamed ould Ghadda.

 

 - Des rumeurs laissent entendre que l'objectif non déclaré du dialogue serait de modifier la Constitution afin de supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels, ouvrant ainsi la voie à un troisième exercice pour le président actuel. Malgré les assurances données par celui-ci, cette possibilité vous préoccupe-t-elle toujours ?

 - Avant de répondre à votre question, je tiens à vous rappeler que, dès l'arrivée au pouvoir du président Ould Ghazouani, nous, au sein de l'Opposition, avons appelé à un dialogue national inclusif, sous l'égide du pouvoir exécutif, afin d'aborder toutes les grandes questions, notamment l'unité nationale, l'esclavage et ses séquelles, les droits de l'Homme, le processus électoral, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, les réformes constitutionnelles, etc. Ces sujets contribueraient efficacement à l'instauration d'un État de droit garantissant aux citoyens la justice, la liberté et la démocratie. Nous sommes pleinement disposés à discuter de toutes ces questions fondamentales, mais nous rejetons catégoriquement toute modification constitutionnelle touchant aux articles relatifs à l'âge d'éligibilité ou à la durée du mandat présidentiel, ce qui pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat.

 

- Il semble que l'opposition soit divisée en factions. Cela ne risquerait-il pas d'affaiblir sa position ?

- Certaines forces politiques d'opposition s'efforcent actuellement d'examiner les perspectives d'une action commune, d'étudier la possibilité d'unifier leur position sur le dialogue politique envisagé et de formuler une réponse commune au document préparé par le coordonnateur du Dialogue national, monsieur Moussa Fall.

 

Propos recueillis par Dalay Lam