
Question manifestement embarrassante pour nos autorités d’hier et, malheureusement, pour celles d’aujourd’hui. Personnellement, je ne leur en veux pas. Car s’il existe quelque part des casse-têtes chinois, il y a bel et bien, chez nous, un casse-tête mauritanien : la question haratine.
Ces damnés de la terre d’hier et, pour l’essentiel, d’aujourd’hui, constituent — sans aucune exagération — la majorité de la population de notre pays. Leur présence massive saute aux yeux, aussi bien dans l’ensemble des centres urbains que dans les zones rurales.
Usant de rhétoriques démagogiques variées, certains esprits figés dans des considérations nationalitaires étroites ne cessent de chercher désespérément à les attirer dans le camp des uns ou des autres, au gré des intérêts du moment.
Au niveau officiel, les autorités se débattent pour trouver une réponse «appropriée », sans jamais toucher à l’essentiel, à une question qui continue pourtant de troubler leur sommeil.
Le jeu des intérêts égoïstes au sein du système en place bloque toute approche réaliste, sincère et courageuse d’une problématique qui hypothèque lourdement l’avenir du pays.
Les solutions simplistes que l’on brandit périodiquement n’apportent rien:
• La taire, en faisant un tabou blasphématoire : elle ressurgit aussitôt, avec plus d’acuité et de persistance.
• La noyer dans la “mare au diable” communautaire : elle émerge immédiatement des vagues, continuant à secouer la complicité des clans et des sectes du pouvoir.
• La solution de routine, enfin : confier à des cadres haratine des fonctions qui reproduisent leur statut traditionnel — des postes subalternes coiffés par des patrons issus, le plus souvent, de la classe de leurs anciens maîtres d’hier.
Pour garantir la perpétuation du système, on sélectionne les élites d’avenir, dans les écoles professionnelles, et dans tous les domaines de la vie nationale, exclusivement au sein de l’entourage socioculturel des clans qui contrôlent le pouvoir politique depuis des décennies.
Même les directions d’institutions à vocation sociale ou humanitaire — pourtant issues de luttes multiformes menées en grande partie par les Haratine — sont strictement confiées à des fils de familles bien connues pour leur recyclage tribal dans l’administration et ses structures satellites. On s’efforce parfois de leur adjoindre des cadres haratine, dépourvus de tout pouvoir réel, souvent à partir de considérations tribales manifestes. Ceux-ci, lorsqu’ils ne sont pas limogés sans motif valable, sont condamnés à patienter dans la même posture jusqu’à la retraite.

Les exemples abondent. En voici quelques-uns:
Notre parent Mohamed Ould Ahmada, dit Tolba, ingénieur des mines, diplômé avec mention de la prestigieuse École des mines de Moscou — la même d’où est sorti l’ancien et brillant directeur général de la SNIM, Mohamed Salek Ould Heyine — en est une illustration éloquente.
Il y a plusieurs décennies déjà, il a frappé à toutes les portes pour être recruté à la SNIM. En vain. Son surnom, Tolba, induisait parfois en erreur certains sous-directeurs qui l’accueillaient cordialement… avant de se rétracter dès la découverte de sa frimousse noire d’ébène.
Il vient d’être libéré de son ministère après près de deux décennies passées au même poste. À noter qu’aucun de ses ministres ne s’était jamais aventuré, ne serait-ce qu’une seule fois, à l’inviter à les accompagner lors de leurs visites de terrain.
Dernière illustration de ce que l’on appelle ailleurs, sans détour ni gêne, la discrimination, ou plutôt la sous-traitance délibérée : Rassoul Ould Elkhal, cadre haratine de grande valeur, vient d’être admis à faire valoir ses droits à la retraite après douze années de loyaux services dans la même fonction d’adjoint au commissaire aux droits de l’homme.
On vient de nommer à ce poste Elhadrami Ould Weddad: un autre «super cadre » haratine, enseignant à la Sorbonne.
À son tour, il lui faudra apprendre à patienter — très probablement jusqu’à la retraite.
Et la question haratine demeure intacte.
Ahmed Salem Elmoctar-Cheddad





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