
« Acquérir la célébrité d’Aghajit » — ainsi dit-on en Mauritanie pour désigner celui qui cherche à se faire un nom, fût-ce par le malheur des siens. L’histoire populaire raconte qu’Aghajit, simple berger, mit le feu aux pâturages de sa propre tribu, uniquement pour devenir célèbre. L’empire lui manquait, mais la vanité suffisait.
« Néron jouait de la lyre pendant que Rome brûlait » — cet adage romain, passé à la postérité, dépeint un empereur insensible, presque complaisant, face à l’incendie qui ravageait sa capitale. Dans les flammes, il cherchait peut-être non pas à sauver, mais à inscrire son nom dans l’Histoire.
La sagesse arabe prévient pourtant : « Celui qui sème le feu récolte des cendres. » Car la gloire née du désastre finit toujours par consumer celui qui la convoite.
Et la sagesse africaine rappelle : « Quand il n’y a plus d’arbres, le singe dit : c’est la fin de mon royaume. » Ainsi, celui qui détruit pour régner découvre trop tard qu’il n’a plus rien à régner.
De même, un ancien proverbe asiatique enseigne : « Celui qui veut allumer un feu pour éclairer sa gloire finit par s’y brûler lui-même. »
Ces figures et ces maximes — l’une issue de la tradition populaire mauritanienne, l’autre de l’histoire impériale, prolongées par les voix arabes, africaines et asiatiques — incarnent une même folie : celle de vouloir marquer les esprits non par l’œuvre, mais par le fracas. À travers les âges et les continents, elles se rejoignent pour dénoncer un même travers : la quête de gloire fondée sur la ruine.
Qu’il soit berger ou empereur, l’homme qui brûle pour briller finit toujours par réduire son monde en cendres.
Ahmed Mahmoud Mohamed Ahmedou (Jemal)