Passions d’un engagement (55): Festival politique à Lekhcheim (A) Par Ahmed Salem Ould El Mokhtar (Cheddad)

27 March, 2025 - 09:44

Des notables se bousculent pour la représentation du Croissant Rouge Mauritanien (CRM)

Au début de la deuxième moitié des années 80, à Lekhcheim, l’élection du bureau du Croissant Rouge Mauritanien (CRM) opposa plusieurs notables de la place. Depuis leur création dans les années 60, les représentations locales du CRM, considérant les moyens importants dont elles disposaient, étaient l’objet d’une grande convoitise.
 

Raisons d’une mobilisation
Les jeunes de Teichtayatt y furent entrainés par je ne sais quelle force. Leur forte mobilisation les années précédentes contre des forces du mal appuyées par certaines notabilités de la zone avait dû jouer. Pourtant le camp ayant bénéficié de leur soutien fut mené par un notable dont la bonne foi était bien discutable.
Quelques années après ; le même camp attirera spontanément la quasi adhésion des nôtres. C’était en 1987 à l’occasion des premières élections municipales au niveau du département de Lekhcheim. Elles opposaient deux listes, en fait deux fractions de la même tribu. Auparavant les deux fractions étaient assimilées en une seule. Une nouvelle donne explique leur séparation. Le chef de l’Etat en place appartient à une grande tribu dont est originaire l’une des deux fractions. Celle qui fut considérée avant comme partie affiliée à l’autre.
 

L’émergence d’un bout d’homme
Un bout d’homme au caractère d’acier émergea du lot. Certains l’appelaient Mohamed Allou. Il était à la tête de la liste candidate de la fraction parente du chef de l’Etat. Il se pourrait même que sa liste soit confectionnée ailleurs par les notables de sa grande tribu d’origine. Durant sa campagne, ils n’avaient jamais caché leur soutien total à cette liste. Manifestement les moyens mis à sa disposition par ses parents du pouvoir dépassaient largement les besoins de sa campagne municipale limitée à une petite commune. Celle-ci, bien qu’urbaine, pourrait être confondue en réalité à n’importe quelle petite commune rurale. A la veille de l’ouverture de la campagne, un convoi de plus de 300 véhicules quitta Nouakchott à destination de Lekhcheim. Tous avaient fait le plein à la station-service située à droite du carrefour Madrid. La liste du bout d’homme fait face à une liste menée par des notables appartenant à la fraction tribale adverse. Les moyens dont dispose celle-ci sont particulièrement limités. Ce qui va aussi considérablement réduire le soutien dont elle pourrait bénéficier de la part des collectivités tribales et autres.

Direction non officielle d’une campagne réussie
Sans aucun calcul préalable, je me suis engagé dans la campagne de Mohamed Allou. Celui-ci eut l’initiative de nous contacter le premier. Je me trouvais au village lorsqu’il débarqua accompagné de quelques jeunes à bord d’une vieille camionnette Peugeot.
Sa campagne prendra au fur et à mesure le caractère d’une véritable campagne politique moderne, donnant l’impression d’être une forme de réaction légitime au discours archaïque tenu par les meneurs de l’autre liste. Par la force des choses, la campagne de Mohamed Allou attira énormément de gens. De nombreux talents, divers et variés, furent entrainés par la force d’attraction de sa campagne. Des poètes comme feu Mohamed Ould Bagga et Abdellahi Salem Ould Elmouaalla, des vedettes montantes de la chanson nationale comme Elmaalouma Mint Elmeydah et sa sœur feue Mounina, ainsi que leur jeune frère, le grand compositeur Arafat, des orateurs de talent comme « Yaweihahoum ». C’est ce bout de ver arabe que je retiens de lui. Il s’en servait comme générique pour ouvrir ses joutes électorales dans le temps qui lui était réservé dans nos soirées électorales. A mon niveau, je me chargeais de l’encadrement de l’ensemble des activités. Je m’étais donné le rôle de leur imprimer une orientation politique la plus engagée possible. Les soirées électorales ponctuées de pauses continuaient parfois jusqu’au petit matin. Le public de l’autre liste s’effritait petit à petit. Ses sympathisants assistaient presque tous à nos soirées.

Des jeunes talents en herbe
Dans le chapitre « poésie », il arrive que de jeunes talents, souvent moins d’une quinzaine d’année d’âge défilaient sur le micro pour improviser oralement des poèmes qui n’ont rien à envier aux grandes joutes des périodes abbasside et antéislamique.
Sans oublier les sketches plus qu’appréciés, joués par le grand comédien feu Mohamed Ould Ely Warakane. Ils suscitaient à chaque fois des envolées d’éclats de rire et d’applaudissements. Le décès à Nouakchott en pleine campagne du grand artiste Ahmedou Ould Elmeydah, cousin paternel d’El Maalouma, perturba un moment l’événement.

Une amitié de courte durée
Devant l’impétuosité de notre campagne, l’autre liste finit par abandonner le ring. Sans surprise, les élections furent remportées par la liste de Mohamed Allou. Une certaine amitié s’était tissée entre lui et moi durant la campagne. Il ne cessait de me manifester sa reconnaissance et sa gratitude pour mon rôle central dans le succès de sa liste. Très probablement j’étais le seul à l’accompagner sans manifester le moindre désir d’obtenir une contrepartie matérielle ou financière. De son côté, il n’avait jamais avancé le plus petit geste visant à me récompenser. Cette amitié âgée seulement de quelques semaines n’avait pas eu la chance de continuer.
 

(À suivre)