Une photo, une histoire

11 February, 2025 - 22:47

Sur cette photo on peut voir, le président Moctar Ould Daddah inaugurant le complexe IMAPEC à Nouadhibou en 1970, en présence des représentants du gouvernement espagnol.
Petit rappel intéressant concernant l’accord de pêche avec l’Espagne.
Comme les français, les espagnols avaient l’habitude de pêcher dans la zone Nord Atlantique depuis de longues dates. Ainsi, du fait de la proximité des Îles des Canaries et de la présence espagnole au Sahara Occidental jusqu’en 1975, la flotte espagnole opérait traditionnellement dans les eaux situées au large du Maroc, du Sahara Occidental et de la Mauritanie. En 1962, après l’indépendance de la Mauritanie et l’adoption du premier code des pêches, les deux Etats ont négocié un accord pour réglementer la pêche espagnole dans les eaux mauritaniennes. Négociations qui avaient abouti le 14 février 1964 avec la signature de cet accord pour une durée de 50 ans. Cependant, cet accord connaîtra par la suite plusieurs modifications compte tenu de sa durée et de l’évolution dans le domaine des pêches internationales.
Cet accord a autorisé les pêcheurs espagnols (Canariens) à pêcher dans les eaux territoriales. Il s’agissait d’un accord fondé sur la réciprocité comme cela a été le cas dans le cadre de l’accord de 1961 avec la France mais avec plus d’avantages pour la Mauritanie. En effet, l’accord avec l’Espagne prévoyait des contreparties financières. C’est ainsi que le gouvernement espagnol s’engageait à implanter un complexe industriel de pêche à Port-Etienne (Nouadhibou). Ce complexe, appelé IMAPEC (Industrie mauritanienne de la pêche) a été inauguré le 12 juin 1970 par le Président mauritanien, Moctar Ould Daddah.
L’IMAPEC comprend au moment de son inauguration, quatre usines de salé-séché, de conserve, de la farine de poisson et une dernière pour la congélation. Malheureusement cette industrie est tombée en faillite en 1976. Cette réalisation constitue néanmoins, l’une des premières tentatives d’industrialisation du secteur de la pêche mauritanienne.
Pour plus d'informations :
IMAPEC était une société anonyme de droit mauritanien à capitaux d'Etat espagnols. Sa création fait suite à l'accord mauritano-espagnol de février 1970, sur financement de la Société SIMEX, filiale de l'International pour l'Industrie, organisme public espagnol. Créée en 1967, IMAPEC n'a commencé ses activités qu'en 1970.
En 1970, IMAPEC était la plus puissante des entreprises de pêche de Mauritanie. Son capital social s'élevait à 100 millions d'ouguiya (500 millions CFA). Le coût des installations était de 500 millions d’ouguiya (2,5 milliards CFA). Elles comportaient un grand complexe de traitement du poisson, situé à 200 m. du port, occupant un domaine d'une surface totale égale à 60.000 m2, dont 28 000m2 sont couverts. Ce complexe était formé des usines de production suivantes :
- Une unité de production de poisson salé-séché par voie naturelle, pouvant traiter 18.000 T/an de poisson frais, soit environ 600 T/an de produit fini.
- Une unité de production de farine et huile de poisson pouvant traiter jusqu'à 200 T/jour de matière première, à partir d'espèce pélagique côtières (sardinelle) et de déchets de poisson cette unité était approvisionnée directement par une "pompe à poisson souterraine qui s'ouvrait sur le quai de pêche, d'un débit égal à 21 T/mn .
- Une chaine de conserves capable de traiter 5000T /an de poisson frais.
- Deux tunnels de congélation à-40° C avec un local de stockage de capacité égale à 199 T, à - 20°C.
L'IMAPEC était approvisionnée en matières premières par des armements canariens, espagnols, soviétiques (SOVRIFLOT) et par l'armement hollandais Renke de Kroés-Astra pour le poisson pélagique destiné à la fabrication de farine. Elle était liée à ces armements par des contrats.
Depuis son entrée en activité en 1970, IMAPEC livrait une dure concurrence aux anciennes sociétés de la place sur le marché de la matière première. C'était ainsi qu'elle a détourné à son profit la presque totalité de l'armement canarien, fournisseur traditionnel de deux sécheries françaises, la SIGP et l'EGA. Ceci était en partie à l'origine des difficultés financières de ces sociétés.
Mais il semblait qu'après avoir pratiquement liquidé ses concurrentes, IMAPEC s'acheminait vers une réduction importante de sa production en salé-séché et conserve, au profit de la congélation. Elle avait réduit aussi la capacité de stockage en saumure de poisson salé "en vert".
La fermeture de la conserverie semblait sérieusement envisagée par les responsables.

L’usine fermera ses portes en 1976.