
L'article d'Ely Ould Krombele (L’ambassadeur et ancien ministre Sid’Ahmed Ould Dey : A tort ou à raison, in Le Calame 1419 du mercredi 05 février 2025) est d'une grande qualité et aborde des questions essentielles sur l'histoire et l'identité de la Mauritanie. Il met en lumière la complexité des relations entre les différentes composantes de la société mauritanienne et la nécessité de dépasser les discours clivants pour construire un avenir commun.
Je n'ai rien à ajouter à son analyse, qui est claire, concise et pertinente. Il a su aborder des sujets sensibles avec tact et intelligence, en invitant à un débat ouvert et constructif sur notre histoire.
Cependant l'ancien ambassadeur et ministre Sid’Ahmed Ould Dey, dans sa réflexion osée, a soulevé des vérités historiques souvent tues, notamment sur la période de "Trab El Beidanes" et les dynamiques complexes entre les différentes composantes de la société mauritanienne.
Il est indéniable que l'Histoire est une discipline subjective, modelée par l'interprétation humaine et les intérêts des groupes. Comme l'a bien dit l'auteur rapportant Paul Valery, elle peut être instrumentalisée pour exalter un groupe et en stigmatiser un autre.
En effet, l'arrivée des Arabes Beni Hassan en Mauritanie a été un moment de rupture, marquant une transition vers une nouvelle entité arabo-mauritanienne. Les conflits et les rapports de force qui ont façonné cette période sont des faits historiques qu'il est essentiel de reconnaître.
Il est compréhensible que les Zéwayas, dépositaires de la culture et de l'histoire, aient une vision critique de cette période. Cependant, il est crucial de ne pas céder à une approche victimaire et de reconnaître les avancées et les aspects positifs qui ont émergé de cette union arabo-berbère.
L'histoire de la Mauritanie est riche et complexe, marquée par des brassages de populations et de cultures. Les Arabo-mauritaniens, les Haratines, les Peuls, les Soninkés et les Wolofs sont tous des acteurs de cette histoire, avec leurs spécificités et leurs contributions.
Il est impératif également de dépasser les discours clivants et de construire une nation unie, où chaque composante se reconnaît et contribue à l'essor du pays. Les propos de Sid’Ahmed Ould Dey, bien que pouvant être perçus comme provocateurs, ont tout de même le mérite de susciter un débat nécessaire sur notre histoire et notre identité.
À mon avis, il est temps de lever le voile sur les traumatismes du passé, d'en parler ouvertement et de les transcender pour bâtir un avenir commun, où les différences sont une source de richesse et non de division.
Il est essentiel de reconnaître que les Beni Hassan ont apporté des contributions significatives à la culture et à l'histoire de la Mauritanie. Ils ont notamment joué un rôle crucial dans la diffusion de l'islam et de la langue arabe, qui sont aujourd'hui des éléments fondamentaux de l'identité mauritanienne.
C'est pourquoi il est donc injuste de réduire les Beni Hassan à une image de conquérants sanguinaires. Personne n'ignore qu'ils ont aussi été des bâtisseurs, des commerçants et des érudits qui ont contribué à l'essor de la Mauritanie.
En définitive, il est important de nuancer le discours sur les Beni Hassan et de reconnaître leur héritage complexe, fait de zones d'ombre et de lumière.
Eleya Mohamed