Burkina Faso : Les hommes de Compaoré vont-ils réussir à voler au peuple sa victoire ?

6 November, 2014 - 04:04

Le peuple Burkinabé vient d’administrer, à l’Afrique toute entière mais, aussi, au Monde entier, une belle leçon de détermination, en chassant celui qui l’a opprimé, vingt-sept années durant. Blaise Compaoré que les Africains et ses partenaires européens qualifiaient d’intelligent, politiquement parlant, a cédé sous la pression de la rue. Il voulait tripatouiller, comme par le passé, la loi fondamentale du pays pour briguer, en novembre 2015 et, disons, pour la « énième » fois, le fauteuil présidentiel. Outré, le peuple, mené par le « Balai du citoyen », a dit non, contre toute attente, prenant même de court la classe politique qui peinait à trouver le moyen de débusquer le « beau Blaise » du palais de Kossyan. Une leçon à méditer, pour les dirigeants enclins à modifier la constitution de leur pays…

Mais, si le peuple Burkinabé a réussi à chasser son despote, il lui reste un obstacle de taille : la confiscation de leur victoire par l’armée qui se croit, en Afrique, tout permis, même de tirer à balle réelle sur ses concitoyens. Ces militaires qui ont cautionné les dérives de Compaoré veulent combler le vide, après la fuite de leur mentor, en accaparant tous les pouvoirs. De très troublantes questions se posent. Pourquoi cette armée n’a pas dénoncé, en son temps, les dérives du despote ? Pourquoi a-t-elle couvert, avec la complicité, semble-t-il, de la France, sa fuite et celle des pontes du pouvoir ? L’armée burkinabé a failli, elle doit en répondre devant le peuple. Elle est, en tout cas, très mal placée pour jouer au « sauveur ». L’armée doit s’abstenir de s’impliquer dans la transition burkinabé. Elle risque plutôt de l’entraver, en assurant l’impunité à Compaoré et autres de ses officiers mêlés à des crimes en tout genre. Sensible aux manœuvres du despote réfugié en Côte d’Ivoire, pays voisin, elle risque d’influer négativement sur la prochaine présidentielle, en imposant, Grande Bavarde qu’elle est devenue, son homme de paille. Bref et d’une manière plus générale, l’armée n’est pas toujours la meilleure institution, pour gérer les transitions en Afrique : les oppositions de nos pays doivent le comprendre.

Par ailleurs, ce qui vient de se passer au pays des hommes intègres, prouve que la France-Afrique n’est pas totalement morte, si l’on en juge par la fameuse lettre de Hollande invitant le protégé de la France à ne pas modifier la Constitution… en contrepartie d’un poste international. En outre, l’ambassadeur de France s’implique, directement, dans les pourparlers entre Burkinabé, pour « aider » à trouver un consensus autour d’une transition. L’appel lancé, par Hollande, depuis le Canada, demandant à l’armée de laisser la transition aux civils, n’a, certes, rien de menaçant, comme, du reste, celui de l’Union Africaine qui a donné deux semaines, à cette armée, pour laisser la place aux civils. Mais ce qui s’est passé en Mauritanie, en 2008-2009, ne plaide guère pour la capacité de l’UE à faire entendre raison à un putschiste. Sa réaction est bien tiède, tout comme celle des Etats-Unis et de la CEDEAO.

Autre question, Blaise Compaoré pourra-t-il échapper aux poursuites judiciaires pour les crimes dont il est suspecté ? Celui qui a réussi, grâce on ne sait à qui, à ne pas être cité comme témoin, lors du procès de Charles Taylor, ne devrait bénéficier d’aucune impunité. Les présidents de la République et de l’Assemblée nationale ivoiriennes ne doivent pas loger – pour ne pas dire protéger – un dictateur suspecté de crimes de sang et d’économie, alors qu’ils ont expédié Gbagbo et Blégoudé à la Haye.

Du côté de l’opposition politique burkinabé, ses tergiversations et l’appétit de certains de ses leaders laissent craindre une incapacité à s’entendre et parler d’une seule voix, face à la junte qui veut lui ravir la première place. Ce faisant, l’opposition risque fort de creuser sa propre tombe… où Blaise Compaoré pourrait l’enterrer, en novembre prochain, si, bien entendu, la présidentielle se tient à cette date. Elle doit se montrer digne, après avoir réussi à faire descendre le peuple dans la rue et à chasser leur ennemi commun, de prendre les rênes du pouvoir, éviter le retour de Compaoré ou l’arrivée, à la tête du pays, d’un de ses sbires. L’avenir politique de ces opposants ; l’avenir tout court du Burkina ; en dépendent. Les peuples africains les observent. Et celui de Mauritanie n’est certainement pas le moins attentif…