Autour d'un thé

21 September, 2017 - 01:41

Un porte-monnaie, un porte-clé, un porte-chars, un porte-parole : c’est quoi, la différence ? L’essentiel est que chacun porte quelque chose. De l’argent, par exemple, et c’est bien d’actualité. Sauf que parfois, ça sent bon, parfois, ça sent mauvais, bien qu’on dise qu’il n’ait pas d’odeur. Ça dépend juste de qui le donne. Ça dépend juste de qui le reçoit. Ça dépend juste de quand il est donné. Après ou avant le vote du Sénat sur les amendements ou très longtemps avant ce jour, au tout début de l’histoire où se débat le pays, depuis 2008. Ou quelques années plus tard, lorsque le gouvernement voulut renouveler un certain tiers d’un certain sénat. Si c’est depuis ces temps, là, c’est, automatiquement, la prescription. Un ministre, c’est quelque chose. Comment se rappellerait-il d’un petit cadeau passé sous la table ? Ho ! Arrêtez, SVP. Soyez pas idiot. Un ministre, ce n’est pas n’importe qui. Et puis, vous savez, pour ceux qui savent donner et recevoir, il ya la proportionnalité. Vous recevez selon qui vous êtes. Vous mangez selon qui vous êtes. On ne donne pas, à un ministre, ce qu’on donne à un journaliste. Tout comme on ne donne pas, à un sénateur, ce qu’on donne à une première dame. Ce sont juste des exemples, au hasard, bien sûr. On ne donne pas, à un directeur de campagne présidentielle, ce qu’on donne à un président. Imaginez-vous, un peu, ADG de la SNIM ou PDG de quelque chose. N’importe quoi. Imaginez. Le rêve est permis. Que donneriez-vous, à la sœur du Président, par exemple ? A son beau-fils ou au mari de la femme de son fils ? Donc, pas de confusion. Puisque c’est seulement l’argent international qui n’est pas bon. Celui qui vient en volant. Pas celui qu’on reçoit en volant. A ciel ouvert. Entre le bon argent et le mauvais argent, il faut savoir faire la différence. Il faut avoir le flair, de distinguer le bon du méchant. L’argent traître de l’argent patriote. L’argent international de l’argent national. L’argent criminel qui prépare les coups d’Etat et promeut la gabegie transfrontalière, de l’argent adorable, très citoyen, qui aime son pays et qui sert, ce bel argent, à aller et à venir, n’importe où, n’importe quand, n’importe comment, avec n’importe qui. Porte-clé : ah,ça, il faut aller du côté de la BCM ou du Trésor public, pour voir comment ces deux-là font, pour rassembler les clés de tous leurs coffres. Et, surtout, comment font-ils, pour les reconnaître, même dans la pire des obscurités. Entre les premières dames, les gouverneurs des banques centrales et les coffres, ça, c’est une longue histoire. Comme entre l’arbre et l’écorce : il ne faut pas y mettre le doigt. Porte-chars : là, il y en a deux. Les mécaniciens utilisent l’un, pour ramener vers leur garage une voiture (généralement de l’ENER) tombée en panne sur la route. L’autre, militaire, comme celui que les gens du 8 Juin ont utilisé, lorsque les gens du six Août ont porté le voile intégral et mis le tchador. Mais on en n’est plus là. Comme disait un de mes professeurs, feu S.H dont les cours étaient tellement monotones qu’à chaque séance, il s’asseyait, confortablement, sur sa chaise, pour nous lancer son invariable « Où en était-on ? » L’Empire Ottoman, le pétrole au Moyen-Orient, la Guerre froide … Allez, on continue, écrivez, porte-crayons ! Porte-parole du gouvernement. Parole vraie ou fausse, c’est sans importance, ce qui compte, c’est « du gouvernement ». On nous disait, tout petits, que le mensonge fait tomber en enfer. Mais on a tendance à l’oublier, tout grands. Ça m’a amusé d’entendre le porte-parole du gouvernement raconter que les militants civiques américains ne voulaient rencontrer que des gens d’une même communauté. Comme si, chaque jour, on ne voyait pas, à la télévision nationale de Mauritanie, des américains, européens, africains et autres Rohinga, mossi, bantou ou autres zoulou rencontrer des membres d’une très seule communauté. Comme si l’on ne voyait pas, chaque jour et chaque nuit, des manifestations nationales conduites, par des membres d’une très seule communauté, et comme si l’on avait pas vu, pour la première fois, un parti politique dire, à qui voulait l’entendre, qu’il défendait les intérêts, l’histoire, la culture et la civilisation d’une très seule et unique communauté. N’importe quoi, monsieur le porte-mensonge du gouvernement ! Salut.
Sneiba El Kory