Kiffa : Commémoration de la journée nationale de lutte contre les pratiques esclavagistes

16 March, 2017 - 01:02

La capitale régionale de l’Assaba a abrité, lundi 6 Mars 2017, un atelier de sensibilisation sur la loi 031-2015 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes. Organisée par le Collectif régional des maires de l’Assaba, en collaboration avec le Bureau International du Travail (BIT), l’activité a commencé aux alentours de 18 heures, devant un public étoffé de jeunes. Sur les affiches, on pouvait lire : « Promouvoir l’emploi », « Protéger les personnes », « Ensemble pour la loi », « De la formation à l’insertion des jeunes », « Plus d’opportunités d’emploi, plus de protection sociale ». La veille, les invités avaient eu droit à une soirée culturelle, organisée à l’Alliance Franco-mauritanienne où des sketchs et des chants, relatant le phénomène de l’esclavage, ont été présentés. On y avait également lu quelques extraits de la loi 031-2015.

Appuyant, durant trois ans, la mise en œuvre de ladite loi, le Projet Bridge vise à soutenir les efforts globaux et nationaux pour lutter contre le travail forcé, dans le cadre du protocole de 2014 relatif à la Convention sur le travail forcé (C29) de 1930 ratifié, par la Mauritanie, en Février 2016. Les interventions prévues entendent plaider, auprès du gouvernement mauritanien, des organisations de travailleurs et d’employeurs, ainsi que de la Société civile, en général, pour une large vulgarisation de la loi 031. Parmi les activités du projet, on peut citer, entre autres, la mise en œuvre d’une stratégie de communication sur le travail forcé en Mauritanie et l’organisation de discussions avec les autorités religieuses au sujet de la loi.

La cérémonie a commencé aux alentours de 10 heures, en présence des autorités administratives et communales de la wilaya, par la lecture de quelques versets de Coran, lus par le maire d’El Ghaïre. Puis le président du Collectif des Maires de l’Assaba, Emmine ould Ebbe, a souhaité la bienvenue aux invités (ses collègues maires de la région, les partenaires sociaux et les PTF), indiquant que « les relations, entre l’Association des Maires de Mauritanie et le Réseau des maires de Mauritanie contre l’esclavage devraient permettre d’identifier les zones les plus exposées aux séquelles de cette pratique ». Poursuivant, il a rappelé que le choix de la ville de Kiffa (fondée en 1907) est un grand honneur pour la ville. Lui succédant, le président du Réseau des maires de Mauritanie contre l’esclavage, également maire d’Atar, a souligné « qu’un travail considérable a été accompli, en ce domaine, avec, notamment, la fondation de tribunaux spécialisés », tout en observant que les organisations de défense des droits humains ont plus travaillé à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Il a aussi déploré l’absence de statistiques fiables, sur le nombre de personnes qui subissent ce fléau. Après avoir invité tous les acteurs concernés « à œuvrer ensemble, loin de toutes surenchères, pour élaborer cette base de données fiables et mener une vaste campagne de sensibilisation », le maire a rappelé qu’en 2016, époque où naquit l’initiative, à Aleg, « un seul cas d’esclavage avait été révélé, à Chegar ».

 

Synergie des efforts

Prenant la parole à leur tour, les représentants des différentes organisations qui militent dans le cadre des droits humains puis ceux des centrales syndicales ont dressé l’historique du problème et demandé une synergie des efforts afin d’éradiquer le phénomène. SOS-Esclaves a déploré, à titre d’exemple, « l’inapplication des textes qui s’y rapportent » s’interrogeant sur l’opportunité « de les élaborer, pour les ranger, ensuite, dans les tiroirs ».Quant à la représentante du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, elle s’est déclarée « heureuse de prendre part à la Journée nationale du 6 Mars, consacrée à la lutte contre les pratiques esclavagistes, marquant le jour de l’adoption, en 2014,par le Conseil des ministres, de la feuille de route sur l’éradication des séquelles de l’esclavage ». Poursuivant, il a indiqué que « cette journée offre l’occasion de faire l’état des lieux de l’esclavage et de ses séquelles en Mauritanie et de renforcer nos efforts communs, pour éradiquer et prévenir ce crime ».

Le Commissaire aux droits de l’Homme a, quant à lui, renchéri, en rappelant, à son tour, que « la commémoration de cette journée entre dans le cadre de l’exécution de la feuille de route sur l’éradication des séquelles de l’esclavage par le Conseil des ministres ». Il a souligné que la loi 2015-031 a prévu la prise en charge des victimes et c’est dans cet esprit que « plusieurs caravanes de sensibilisation ont sillonné les deux Hodhs, le Brakna, le Trarza, le Gorgol et le Guidimakha ». « Toutes les mesures doivent être prises pour éradiquer ce phénomène et ses séquelles », a insisté le Directeur général de Tadamoun, maître Hamdy ould Mahjoub, avant de présenter, au public, un film documentaire relatif aux différentes réalisations accomplies par son agence, dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique, etc.

Poursuivant ce ballet de discours, le point focal du BIT s’est dit « heureux d’assister à Kiffa, aux côtés des autres participants, à la commémoration de la Journée nationale de lutte contre les pratiques esclavagistes en Mauritanie. […] Le BIT œuvre, depuis sa fondation en 1919, pour la promotion de la liberté des individus à exprimer leurs revendications, à s’organiser et à participer aux décisions qui affectent leur vie, ainsi qu’à l’égalité des chances et de traitement pour tous ». Saluant la prise de conscience, par le gouvernement de la RIM, « de la nécessité de lutter contre toutes formes de pratiques esclavagistes, et de promulguer, à cet effet, une loi, en 2015, incriminant l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes », il a rappelé que le BIT, fort de sa mission à soutenir ses mandants (gouvernement, patronat et syndicat), « appuie les efforts de la Mauritanie pour la mise en œuvre de cette loi, à travers le projet BRIDGE, financé par le gouvernement américain et qui a vu le jour grâce aux efforts conjoints du gouvernement mauritanien et du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations-Unies ». Il a enfin assuré que son institution est disposée à rassembler les mandants tripartites autour de la loi 2015-031, afin de faciliter son application, à travers la vulgarisation, la sensibilisation et la formation des différentes parties prenantes.

Ousmane Cissé, conseiller politique de l’ambassadeur des USA, s’est dit très honoré et heureux d’assister à la cérémonie, au nom de Son Excellence Larry André qui regrette que ses engagements, « liés à notre partenariat avec la Mauritanie dans le domaine sécuritaire », ne lui permettent pas d’assister lui-même à l’évènement. Et de rappeler combien « cette journée historique du 6 Mars constitue un tournant, dans la lutte contre un fléau qui interpelle tout homme épris de paix, de justice, de liberté et d’égalité. Louant au passage l’Association des maires qui a pris l’initiative de la célébrer cette année à Kiffa, le représentant de l’ambassadeur étatsunien a souligné la nécessité d’une « collaboration renforcée, entre les maires et la société civile dont les membres sont des acteurs incontournables, pour l’assistance des populations au niveau communautaire, en particulier les victimes d’esclavage et de ses séquelles ». Il a aussi mis l’accent sur le rôle essentiel que jouent les organisations internationales pour accompagner le gouvernement et les autorités locales, dans la mise en œuvre des programmes de lutte contre l’esclavage. « A cet égard, je salue les efforts du projet BRIDGE, du BIT et l’Association du barreau américain qui collaborent, avec le gouvernement mauritanien, dans cette lutte ».

Notons que trois présentations ont marqué ces journées: « Définition du concept et l’évolution de la notion d’esclavage », par Dethié Sall, du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme ; « La nouvelle Loi 2015-31 confrontée aux standards internationaux », par maître Cheikh Abdallahi ould Ahmed Babou, et enfin, « Le rôle des communes dans la mise en œuvre de la loi ». L’atelier a été clôturé dans la soirée du lundi, par le wali de l’Assaba, Mohamed El Hacen ould Mohamed Saad, au nom du Commissaire aux droits de l’Homme, assurant que « les recommandations issues de la rencontre seront étudiées et prises en considération ».

Brahim ould Ely Salem