Marché des matières premières : hausse sensible du brut de connerie

15 January, 2015 - 01:31

Non pas, bien évidemment, que la publication des caricatures du Prophète ne fut pas condamnable mais le jugement relevait d’une Cour pénale, d’un débat citoyen où le droit des communautés se serait taillé place raisonnable, face à une liberté d’expression tout aussi nécessaire qu’ordinairement variable… En refusant d’accorder celle-ci à celui-là, on a donné à moudre à la radicalisation. Avec de réelles chances de succès : en bafouant le droit d’une communauté d’un milliard et demi de personnes, combien en espérait-on faire tomber, dans ce moulin d’enfer ? Un pour dix mille ? Un pour mille ? Mazette, convint-on, entre la poire et le fromage, ce sera très largement suffisant pour monter deux ou trois AQMI… et un Daesch, en prime.

« Donné » à moudre ? La dictature de la chose marchande ne nous a guère accoutumés à une telle générosité. Il faut donc supputer, sous l’apparent altruisme, sinon distraction, de plus lucratives visées. De fait, le système est, visiblement, mal en point : alors que le PIB mondial n’atteint pas soixante-cinq mille milliards de dollars, les produits financiers dérivés spéculatifs dépassent, eux, les sept cent cinquante mille milliards ! Devant l’impossibilité évidente de traduire ces valeurs fictives en liquidités réelles, la purge, aussi drastique que classique, du grand nettoyage de printemps, via conflits planétarisés, se serait-elle imposée à l’esprit des éminents gestionnaires de ce bas-monde ? Allez, à la moulinette, les cuistots ! Faites-nous monter la mayonnaise des hurlements contraires !

Il n’est donc pas certain que les satiristes de Charlie-Hebdo aient été moins cons que ceux qui les ont assassinés. Ça ne justifie évidemment pas qu’ils l’aient été. Ne réduit en rien notre légitime dégoût. Oriente cependant notre index et signale une toute autre stratégie à suivre, pour les gens de foi. Et pas qu’eux, bien sûr : il va bientôt devenir certain – si ce n’est déjà fait, pour les plus vifs d’esprit – qu’ils seront amenés à rencontrer, sur ce pont de plus en plus périlleux, un certain nombre de gens de doute, voire d’apparente mécréance, mais tous invariablement amoureux de leur humanité. Il eût été plus intelligent de s’y rencontrer plus tôt. Lorsque la connerie, si courante, devient valeur montante d’échange, pour les besoins réputés supérieurs du marché, il devient difficile de lui faire entrevoir le gouffre d’inhumanité où la conduira, inéluctablement, son inflation. Non pas, bien évidemment, qu’il soit trop tard pour bien faire. Mais il est – manifestement, hélas pour les familles endeuillées – plus que temps de s’y mettre.

 

Ian Mansour de Grange